Coopération : chacun pour soi, les promesses pour tous ? (L’Opinion)

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Alors que le pétrole a atteint un plancher de 30 dollars, l’OPEP appelle à un accord avec les pays non-membres pour soutenir les prix. Facile à dire, difficile à faire car toute coopération se heurte à l’implacable logique de l’intérêt individuel.

Dilemme du prisonnier. Cette difficulté à coopérer est connue en théorie des jeux, au travers de la célèbre histoire du « dilemme du prisonnier ». Deux prévenus A et B, soupçonnés de meurtre, sont entendus par un juge. S’ils ne se dénoncent pas mutuellement, chacun prend 5 ans de prison. S’ils se dénoncent tous deux, ils reçoivent chacun une peine de 10 ans. Mais si A dénonce B – ou réciproquement- et que B ne dénonce pas A, le prévenu A est libéré, tandis que B se voit infliger 15 ans de prison. Les deux prévenus vont donc promettre de se taire… mais cette stratégie ne va pas fonctionner. En effet, que B se taise ou parle, A a toujours intérêt à le dénoncer, soit pour être libéré, soit pour réduire sa peine de prison. Finalement, chaque prévenu va dénoncer l’autre et prendra 10 ans, ce qui est la pire solution collective ! Se faire des promesses, signer des accords, proférer des injonctions – à coups de « y a qu’à » et « faudrait qu’on »- ne changera rien à cette issue fatale.

Est-ce à dire que toute coopération entre individus ou entre pays est vouée à l’échec ? Pas si sûr. Les idéalistes en appelleront au sens moral – « une promesse est une promesse » – pour expliquer que les parties à un accord peuvent respecter leurs engagements. Mais cet argument apparaît fragile lorsqu’on l’applique au monde économique, guidé par l’appât du gain.

Contrainte. Une autre solution est à rechercher du côté de la contrainte. Par exemple, chaque citoyen, consentant par principe à payer l’impôt, devrait tenter d’y échapper pour profiter gratuitement des biens collectifs financés par les autres contribuables. Or, en pratique, une majorité d’individus s’acquitte de l’impôt. Question de morale ? Plutôt de contrainte, chacun craignant d’être sanctionné par l’Etat, si sa fraude venait à être découverte. Dans le cas de l’OPEP toutefois, il n’existe pas d’organe situé au-dessus des pays, qui ait le pouvoir de les forcer à respecter les quotas de production. Au niveau international, rares sont les accords juridiquement contraignants : à titre d’exemple, l’accord de la COP21 ne prévoit aucun organe de sanction qui puisse punir les pays ne respectant pas leurs engagements de réduction d’émission.

Une troisième solution réside dans la capacité de chacun à comprendre son intérêt à long terme. Comme un accord se déroule sur plusieurs périodes, les parties peuvent mettre en place un système de sanction interne : celui qui triche aujourd’hui sera puni demain par les autres, sous la forme d’une guerre de prix ou d’une exclusion. Chaque membre va alors comparer le gain immédiat d’une tricherie avec les pertes futures résultant d’une sanction. S’il valorise suffisamment l’avenir, il n’a plus intérêt à tricher. Mais encore faut-il qu’il soit patient pour résister aux sirènes du court terme : dans le cas du pétrole, certains pays producteurs sont dans une situation financière critique et peuvent avoir intérêt à violer un accord tout de suite, quitte à être sanctionnés demain par leurs partenaires.

Dans un monde où chacun regarde d’abord son intérêt, le succès d’une coopération entre pays relève plus souvent de l’exception que de la règle. Dans le cas du pétrole, si le prix remonte demain, ce sera d’abord par un jeu de forces et d’intérêts qui échappe à la seule volonté de l’OPEP.

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