Sida, un vaccin pour demain ? (L’Opinion)

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Mardi avait lieu la journée mondiale de lutte contre le Sida. La maladie touche 35 millions de personnes dans le monde, principalement en Afrique subsaharienne. Si d’énormes progrès ont été accomplis dans l’accès aux thérapies – 16 millions de patients bénéficient d’un traitement antirétroviral – une question revient : quand y aura-t-il un vaccin ?

La réponse est d’abord entre les mains des chercheurs : les percées thérapeutiques ne se décrètent pas, surtout dans le cas d’un virus aussi complexe et mutant que le Sida. Les nombreuses tentatives pour trouver un vaccin se sont d’ailleurs révélées jusqu’ici infructueuses. Mais l’économiste peut aussi apporter un éclairage sur ce sujet.

Effet de remplacement. Dans le cas d’un vaccin thérapeutique, l’incitation d’un laboratoire à chercher peut être altérée par ce que l’on appelle l’« effet de remplacement» : un laboratoire qui a déjà investi beaucoup d’argent sur des traitements court le risque de se remplacer lui-même s’il lance un vaccin. Son gain net doit donc intégrer cette perte de revenu futur. Qui plus est, un vaccin diminuera demain la prévalence de la maladie et donc, à terme, la taille du marché. Cet effet de remplacement est contrebalancé par un «effet concurrence ». Dans la mesure où de nombreux laboratoires proposent des traitements, chacun d’entre eux est incité à trouver le vaccin avant les autres, afin d’obtenir une position de monopole temporaire. De plus, l’effet de remplacement ne s’applique pas aux outsiders, qui, ne commercialisant aucun médicament, ont une incitation plus forte à chercher : on peut d’ailleurs remarquer que plusieurs start-up, notamment françaises, sont sur les rangs.

Dans le cas d’un vaccin préventif, les laboratoires peuvent craindre que les patients des pays riches soient peu enclins à payer le prix fort, compte tenu de leur sous-estimation des risques de contamination. Dans un célèbre article « Why is there no AIDS vaccine ? », Michael Kremer de l’Université d’Harvard estimait en 2006, pour le marché américain, que les revenus d’un vaccin préventif seraient deux fois moindre que ceux provenant de la vente de thérapies.

Propriété intellectuelle. Mais le principal frein à la recherche privée se situe du côté de la propriété intellectuelle. Dans la mesure où le Sida touche d’abord les pays pauvres, le laboratoire qui trouvera le vaccin anticipe qu’il sera soumis à une forte pression politique en faveur d’un prix faible et d’un large accès. Les accords de l’OMC sur la propriété intellectuelle autorisent d’ailleurs un pays à s’affranchir des brevets en cas d’urgence sanitaire.

Dans ces conditions, comment inciter les laboratoires à investir davantage dans le vaccin ? Une première réponse consiste à réduire le coût de la recherche privée, par exemple en favorisant la collaboration avec la recherche publique ou en octroyant des subventions. Les nombreux partenariats public/privé ou les initiatives de fondations comme celle de Bill & Mélinda Gates vont dans ce sens. Une autre solution consiste à garantir à l’avance l’achat du vaccin à un certain prix. Mais ce système pose de nombreuses questions : à quel niveau fixer le prix ? et surtout, quelle est la crédibilité d’un tel engagement ? En effet, une fois le vaccin trouvé, le laboratoire n’est pas à l’abri d’un comportement de « hold up », consistant à renégocier la promesse à la baisse.

Bref, si l’espoir d’un vaccin repose d’abord sur les avancées de la recherche médicale, l’économie nous montre qu’il s’agit aussi d’une question… d’incitations.

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