Limitation de vitesse : des bénéfices et des coûts (L’Opinion)

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La récente proposition du maire de Valence de limiter la vitesse à 90 km/h sur les portions d’autoroutes en zone urbaine suscite de prime abord l’adhésion : qui pourrait s’opposer à une réduction des nuisances imposées aux riverains ? Mais n’oublions pas que rouler moins vite engendre aussi… des coûts pour la société, que ce soit en termes de temps perdu pour la mobilité des hommes ou la circulation des marchandises. Ainsi, une étude de Rémy Prud’homme sur la réduction de la vitesse maximale de 80 à 70 km/h sur le périphérique parisien a montré que l’augmentation du temps passé dans le véhicule, de la consommation de carburant, et même du rejet de certaines particules entraînait un surcoût annuel de l’ordre de 100 millions d’euros !

Est-ce à dire pour autant que la proposition du maire de Valence est une mauvaise idée ? Impossible de le savoir, tant que l’on n’a pas procédé à une analyse comparative des coûts et des bénéfices. L’économie nous fournit une méthode de raisonnement très utile : si les bénéfices résultant de la diminution de la vitesse l’emportent sur les coûts de cette mesure, alors il s’agit d’une bonne décision.

Ainsi, l’analyse coûts/bénéfices nous invite à la prudence et au pragmatisme. Elle éloigne tout objectif simpliste tel que la «pollution zéro» ou la «mortalité routière zéro» ; en effet, si l’on voulait supprimer toute pollution automobile ou tout accident sur les routes, il faudrait alors interdire… toute circulation. Le bénéfice d’une telle décision serait à l’évidence largement inférieur au coût pour notre société. Ce qui vaut pour la pollution ou les accidents vaut pour bien d’autres sujets. Par exemple, si l’on veut absolument atteindre l’objectif «zéro criminalité», il n’y a qu’une solution : mettre des policiers partout. Le coût budgétaire d’une telle mesure serait à l’évidence démesuré par rapport au gain additionnel pour la société. Bref, même si cela est difficile à entendre et heurte notre conscience, nous devons nous résigner à accepter un certain degré de pollution, d’accidentalité routière ou de criminalité !

Plus fondamentalement, avant d’annoncer toute nouvelle mesure, les pouvoirs publics gagneraient à mener systématiquement une analyse coûts/bénéfices et à la rendre public. Cela éviterait tout d’abord de surestimer les gains, toujours visibles et médiatiques, et de sous-estimer les coûts, trop souvent invisibles. Mais symétriquement, cela permettrait de mieux justifier aux yeux du citoyen les priorités budgétaires. Par exemple, les dépenses de police et gendarmerie représentent certes un coût annuel de 18 milliards d’euros pour le contribuable français mais elles procurent en retour un bénéfice à la société : elles limitent la criminalité, laquelle engendre… un coût considérable. De combien de milliards ? Nul ne le sait aujourd’hui, faute d’études empiriques. Si l’on se risque à transposer les résultats obtenus en Nouvelle-Zélande, Royaume-Uni ou Australie, la criminalité pourrait bien nous coûter entre 80 et 130 milliards d’euros. A quand la première analyse coût/bénéfices sur ce sujet si crucial pour nos concitoyens ?

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