Une interview sur la compétitivité par la qualité (La Montagne)

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Emmanuel Combe a été interviewé le 19 Juin 2012 par le journal La Montagne sur le sujet de la compétitivité par la qualité.

 

L’Allemagne est-elle vraiment un modèle ? Oui. Mais prenons la question autrement. On a souvent dit que la France avait un problème avec l’Allemagne. Oui, nous avons perdu la bataille avec notre partenaire. Mais nous ne sommes pas d’accord avec les raisons invoquées : les coûts trop hauts en France, même si on ne nie pas que les coûts soient élevés. Simplement, quand on voit les publicités pour les voitures allemandes, on ne parle pas des coûts… Mais de la « deutsche Qualität », en Allemand dans le texte… L’Allemagne a misé sur la qualité. En France, les seuls secteurs qui s’en sortent, c’est le luxe, devant l’aéronautique. Mais les hommes politiques rechignent à parler de luxe, car « c’est pour les riches ». Mais on porte tous du luxe. Prenez les lunettes ! Au lieu de faire de la compétitivité par le bas, on pourrait le faire par le haut, mais c’est plus compliqué, ambitieux.

Comment faire ? Il faut se tourner vers la formation. Il n’y a pas de qualité des produits s’il n’y a pas de qualité de formation de tous. Je ne dis pas qu’il faut plus d’étudiants à la fac, il faut des filières technologiques, travailler sur l’excellence de la main, valoriser le bac pro, faire que ce ne soit pas des « voies poubelle ». À quand HEC… Haute école de cuisine !

Qu’est-ce que la « qualité » ? Ce ne sont pas des produits super-technologiques, comme le pont de Millau et le Concorde. C’est la manière dont une belle idée va être mise en ‘uvre, son design. Et celui qui a besoin d’être qualifié, c’est l’ouvrier qui travaille directement sur le produit, c’est la secrétaire polyglotte qui travaille dans l’import-export. C’est aussi un bon service après-vente et de bons délais de livraison. Dans l’entreprise en France, il y a trop « ceux qui savent » et « ceux qui ne savent pas ».

Vous avez l’air de laisser la Chine de côtéQuand on regarde le décrochage du commerce extérieur français depuis dix ans, on remarque le déficit abyssal avec l’Allemagne. Il est presque équivalent au déficit avec la Chine, si on ajoute la Belgique. Aujourd’hui, on se casse la gueule dans l’automobile, l’industrie agroalimentaire : le concurrent est juste en face ! On s’est fait piquer le bas de gamme, maintenant, attention au milieu de gamme !

Que pensez-vous du « made in France » ? Il ne faut pas mettre la charrue avant les boufs. Faisons de la qualité et ensuite labellisons. Un label sur un produit bas de gamme reste un produit bas de gamme avec un label.

 

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