Que la croissance soit en nous (épisode 2)

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Comment notre pays pourrait-il bénéficier d’une croissance plus forte, surtout lorsque les vents de la conjoncture mondiale lui sont favorables ? En disposant d’un moteur plus puissant, qui lui permette d’accélérer: voilà le constat que nous dressions la semaine dernière, au travers de la notion de « croissance potentielle ».

Pour ce qui est du facteur travail, il n’ y a pas de miracle : si nous voulons produire plus, il nous faut collectivement travailler plus ! Commençons par mettre fin à la funeste « préférence française pour le chômage » (D. Olivennes), qui se traduit depuis 15 ans par un taux de chômage toujours supérieur à 7,5 %, quand d’autres pays d’Europe affichent des performances autrement plus glorieuses. La principale mesure consiste à fluidifier le marché du travail, pour faciliter embauches et licenciements, tout en protégeant les salariés : cette réforme porte un nom bien connu, celui de « flexisécurité ».

Taux d’emploi. Agissons aussi sur le temps de travail, non pas hebdomadaire ou annuel mais… sur l’ensemble de la vie active. Le taux d’emploi, indicateur qui mesure la part des personnes ayant un emploi parmi celles en âge de travailler, est de l’ordre de 65 % en France, soit… 10 points au-dessous de l’Allemagne et des pays nordiques. Ce taux résulte principalement de la faible participation des jeunes au marché du travail – 28 % seulement contre 46 % en Allemagne – et des seniors – 47 % contre 65 % outre Rhin. En clair, les Français entrent tardivement sur le marché et en sortent assez tôt, alors que dans les pays nordiques, on travaille certes peu par semaine et par an mais… sur une longue période de la vie ! Les principales réformes consistent à faciliter l’accès des jeunes à un premier emploi, en développant notamment l’apprentissage, et à allonger la durée de cotisation retraite.

Mais la croissance potentielle est aussi à rechercher du côté de la productivité du travail. En la matière, comme dans la plupart des pays d’Europe, la France connaît un déclin de ses gains de productivité depuis 15 ans, situation qui contraste avec les Etats-Unis. Sur la période récente, les gains de productivité horaire sont en France de 0,3 % par an, soit trois fois moins qu’outre-Atlantique. Ce déclin s’observe dans tous les secteurs et n’est donc pas attribuable à la seule mutation de notre système productif. L’insuffisance de qualification de notre main-d’œuvre, le manque de robotisation de nos usines, le déficit de R&D sont les causes les plus souvent avancées.

Mais un autre facteur, plus diffus, plus systémique mais très puissant joue également : la lenteur avec laquelle nous parvenons à nous approprier les révolutions technologiques. Par le passé, la France a bénéficié des vagues d’innovations avec un retard de deux décennies par rapport aux Etats-Unis : ainsi, la diffusion massive de l’usage de l’électricité, du moteur à explosion et de la chimie moderne n’a été effective qu’à partir des années 1950, entraînant de forts gains de productivité. La cause est sans doute à rechercher dans nos institutions – et tout particulièrement le système éducatif – qui préparent encore trop peu au changement radical, à la prise de risque, à l’agilité, à l’acceptation de la concurrence disruptive et favorisent plutôt la routine, les équilibre établis et la reproduction à l’identique. Bref, si nous voulons tirer parti du potentiel de productivité lié à la révolution numérique, il nous faut d’abord changer notre état d’esprit. Preuve s’il en est… que la croissance est bien en nous.

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