Que la croissance soit en nous (épisode 1) !

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« Alignement des planètes ». Voilà l’expression qui revient souvent pour caractériser la conjoncture économique actuelle. Une conjoncture dont on nous dit qu’elle est idéale pour retrouver le chemin de la croissance : des taux d’intérêt historiquement bas, un euro déprécié face au dollar, un pétrole au plancher. Que demander de plus ?

Mais cette vision des choses apparaît très discutable.

Elle donne le sentiment que notre situation économique serait d’abord dictée par des facteurs externes : la croissance tomberait en quelque sorte du ciel, au gré de forces sur lesquelles nous n’avons pas prise. Cette conception présente un réel avantage politique : à chaque échec sur le front économique, les gouvernants peuvent se dédouaner à bon compte, en invoquant des vents contraires ou des cieux peu cléments. Combien de fois avons-nous entendu depuis 40 ans, à gauche comme à droite, que si notre croissance était anémique, c’était d’abord la faute à la crise mondiale, à une monnaie surévaluée ou à des chocs pétroliers ?

Conditions propices et causes profondes. En réalité, cette vision revient à confondre les conditions propices à une croissance plus forte – un pétrole faible favorise en effet le pouvoir d’achat des ménages, tandis qu’il augmente les marges des entreprises – avec les causes profondes de la croissance, qui sont en nous et sur lesquelles nous avons prise.

Une image permet de mieux comprendre cette confusion si souvent faite entre conjoncture et croissance : le taux de croissance d’un pays est semblable à la vitesse d’une automobile. Lorsqu’une petite voiture roule en ligne droite et dans de bonnes conditions météorologiques, elle va à l’évidence beaucoup plus vite que si elle parcourait une route sinueuse, par temps orageux.

Mais ce qui détermine fondamentalement la vitesse d’une voiture, c’est d’abord la puissance de son moteur : une petite voiture accélérera toujours moins vite qu’une grosse cylindrée, dans des conditions identiques. Il en va de même pour la croissance économique : si l’on veut bénéficier d’une forte accélération lorsque les « planètes sont alignées », il nous faut au préalable disposer d’un moteur puissant, ce que les économistes appellent « le taux de croissance potentielle ».

Petite cylindrée. En la matière, la situation de la France n’est guère réjouissante et s’apparente à celle… d’une voiture de petite cylindrée. Plusieurs études récentes, dont celles de la Banque de France, de Natixis ou de la Commission européenne aboutissent à un taux de croissance potentielle de l’ordre de 1 %, moins élevé que la prévision usuelle de 1,5 %. Si nous comparons ce chiffre avec celui des Etats-Unis, l’écart est impressionnant : avec une croissance potentielle estimée à 2,5 %, les Américains sont en mesure de rouler, en vitesse de croisière… au moins deux fois plus vite que nous !

Pour accroître notre croissance potentielle, la solution ne consiste pas à appuyer à fond sur l’accélérateur d’un petit moteur, à coup de stimulants budgétaires ou d’ingénierie fiscale. La croissance potentielle ne se décrète pas, pas plus qu’elle ne se relance ; elle se construit dans le temps au travers de réformes structurelles, dont les effets se font sentir progressivement mais durablement. Elle repose sur trois ingrédients immuables, qui sont exposés dans tous les (bons) manuels d’économie : la quantité de travail, le stock de capital et la productivité globale des facteurs de production.

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