« Trains : la concurrence, elle aussi, est en retard » (L’Opinion)

0

Emmanuel Combe a publié une chronique dans L’Opinion le 4 Décembre 2023.

Trains : la concurrence, elle aussi, est en retard

 

A l’heure de la transition climatique, les Français savent qu’ils doivent changer leurs modes de déplacement du quotidien, encore largement centrés sur la voiture individuelle. Mais cette dépendance à la voiture est souvent plus une nécessité qu’un choix, en particulier lorsqu’ils résident en zone rurale ou en périphérie, faute de solutions alternatives fiables. Un enjeu majeur de la décarbonation est donc de développer demain les transports collectifs. A cet égard, la concurrence peut jouer un rôle essentiel, comme le montre l’Autorité dans l’avis qu’elle vient de rendre sur les transports collectifs terrestres. Un avis qui fait la part belle au ferroviaire.

Pour ce qui est des trains du quotidien, l’Autorité rappelle que les régions peuvent procéder à une « concurrence pour le marché » depuis 2020 : elles sélectionnent, via un appel d’offres, l’opérateur ferroviaire qui proposera le meilleur service public, au meilleur coût. Bien souvent, ce qu’elles en attendent, c’est une augmentation significative de la fréquence des trains et une plus grande ponctualité. Ce « choc d’offre » incitera en retour les automobilistes à délaisser leur voiture. Pour l’heure, la concurrence pour le marché débute en France, alors qu’elle existe depuis bien longtemps en Allemagne. Cinq régions se sont déjà lancées dans un processus d’appel d’offres ; la Région Sud a ouvert la voie de la concurrence sur la ligne Marseille/Nice, en attribuant le marché à un concurrent de la SNCF, Transdev, ce qui est une première en France. Résultat : le nombre de trains en circulation devrait passer en 2025 de 7 à 14 fréquences par jour.

Pour ce qui est du TGV, l’Autorité rappelle que la concurrence vise à faire entrer sur le marché de nouveaux opérateurs. Outre un report modal, le gain attendu ici est la baisse du prix du billet et la hausse du trafic, comme cela a été observé en Italie. En France, pour l’heure, l’Autorité constate que cette « concurrence sur le marché » reste encore assez timide : entré en 2021, Trenitalia opère seulement 5 allers/retours par jour sur Paris/Lyon et Renfe vient de se positionner sur Lyon/Barcelone.

Face à ce constat d’une faible animation concurrentielle, l’Autorité de la concurrence propose plusieurs pistes. Dans le cas du train régional, elle appelle les collectivités territoriales à s’emparer pleinement de leurs pouvoirs pour faire vivre la concurrence lors des appels d’offre, notamment en renforçant leurs compétences. Pour ce qui est de la grande vitesse, l’Autorité recommande au législateur de lever les nombreuses barrières, à la fois institutionnelles, humaines et technologiques, qui dissuadent l’entrée et la croissance de nouveaux opérateurs. Elle insiste également sur le nécessaire renforcement de l’indépendance du gestionnaire d’infrastructure, SNCF Réseau, dont la mission est de servir l’ensemble des opérateurs du marché.

A l’heure où le gouvernement souhaite lancer un nouveau cycle de réformes, libérer la concurrence dans le ferroviaire serait utile. Utile d’abord en termes de décarbonation. Utile ensuite pour le pouvoir d’achat des Français. Utile enfin en termes de cohésion sociale : un transport ferroviaire efficace améliorera la mobilité et l’accès au marché du travail des personnes, souvent modestes, qui résident dans les zones rurales ou périphériques.

 

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici