« Le pouvoir d’achat passe (aussi) par le capital humain » (L’Opinion)

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Emmanuel Combe a publié une chronique sur le capital humain comme facteur de croissance dans L’Opinion le 5 Octobre 2022.

Le pouvoir d’achat passe (aussi)  par le capital humain

A l’heure des inquiétudes sur le pouvoir d’achat, tous les regards se portent sur les mesures conjoncturelles qui permettront d’en atténuer la baisse, à l’image du bouclier tarifaire. Mais c’est oublier que le maintien et l’accroissement de notre pouvoir d’achat dépend d’abord de notre capacité à créer demain de la croissance. Un premier levier consiste à agir sur la quantité de travail, via le taux d’emploi : l’enjeu est que plus de personnes en âge de travailler occupent un emploi. Rappelons à cet égard qu’avec un taux d’emploi de 68%, la France reste encore en dessous de la moyenne de la zone euro (70%) et assez loin de pays comme l’Allemagne (76%) ou les Pays-Bas (80%). La réforme des retraites ou celle de l’assurance chômage constituent à cet égard des mesures de nature à accroître le taux d’emploi. Un second levier de croissance est à rechercher dans la qualification du travail, c’est-à-dire sa productivité. La qualification ne tombe pas du ciel mais résulte d’un investissement individuel et collectif dans l’éducation et la formation. Cet investissement coûte à la société et à l’individu à court terme mais il procure en retour un rendement, c’est-à-dire une création de richesse et des revenus individuels plus élevés. L’enjeu pour un pays est donc d’accroître son stock de capital humain, pour être plus productif, avoir plus de croissance, plus de revenus, et, à la fin des fins, plus de pouvoir d’achat.

A cet égard, une série d’études publiées par le Conseil d’Analyse Economique vient jeter un regard inquiétant sur le cas français. Les auteurs constatent tout d’abord que la croissance de la productivité du travail s’est ralentie depuis 20 ans et a même diminué si l’on raisonne de manière relative, par rapport à des pays comme l’Allemagne ou les Etats-Unis. Ce décrochage relatif de la productivité proviendrait lui-même d’un décrochage du système éducatif, mesuré au travers des performances en compétences mathématiques et socio-comportementales (« soft skills »). Pour ce qui est des mathématiques, les classements PISA, TIMSS ou Cedre conduisent au même constat dramatique : le niveau moyen a baissé en France depuis 20 ans. Ainsi, dans l’enquête TIMSS (élèves de CM1), la France est passée de la 7ème place en 1995 à la 16ème place en 2019, parmi les 18 pays de l’OCDE testés. Le résultat le plus alarmant -et assez novateur- est que ce décrochage touche toutes les catégories d’élèves, y compris les meilleurs. L’idée selon laquelle l’excellence de notre élite scientifique suffira demain à sauver notre déclin relatif en prend un sacré coup.  Du côté des soft skills, le tableau n’est guère plus réjouissant :  le niveau moyen des compétences socio-comportementales, appréhendé par les tests PISA (pour les élèves) ou PIAAC (pour les adultes) est assez médiocre, loin de pays comme les Etats-Unis ou le Danemark. Il est donc urgent de s’attaquer à la racine du problème, en faisant du capital humain la clé de nos réformes structurelles. L’enjeu financier est de taille : selon les simulations du CAE, si la France affichait la même productivité du travail que l’Allemagne ou les Etats-Unis, ce sont 140 milliards d’euros de richesse supplémentaires qui pourraient être créés chaque année. Ce serait autant de pouvoir d’achat en plus pour tous les Français. Et ce de manière durable.

 

 

 

 

 

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