« L’inflation verte vous attend » (L’Opinion)

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Emmanuel Combe a publié une chronique dans L’Opinion le 22 Mars 2022.

 

L’inflation verte vous attend

A l’heure où l’inflation atteint dans la zone Euro les 5,8% sur un an, une question essentielle est de savoir si cette hausse de prix est transitoire ou si elle est amenée à durer, portée par des facteurs structurels. A cet égard, la thèse d’une « inflation verte» retient aujourd’hui l’attention et la BCE, par la voie d’Isabel Schnabel, membre du directoire, s’est d’ailleurs récemment exprimée sur ce sujet. Cette inflation a trois causes principales.

Une première cause est à rechercher dans l’impact du changement climatique sur l’économie, ce que l’on peut appeler l’« inflation climatique ». Les modifications du climat se traduisent  par la multiplication des évènements extrêmes -que ce soit des sécheresses ou des ouragans- qui ont un impact direct sur les coûts et les prix. Par exemple, une sécheresse entraine une pénurie de produits agricoles, qui va créer des tensions sur le prix des denrées alimentaires. De même, pour les entreprises, la hausse des sinistres climatiques se traduit par une augmentation des primes d’assurance, ce qui les conduit à reporter cette hausse des coûts dans leur prix de vente.

 

Une seconde cause provient de la forte hausse du prix des énergies fossiles, ce que la BCE dénomme la « fossilflation ». En effet, pour inciter les consommateurs à changer leur comportement, nous allons taxer de plus en plus les énergies fossiles. Ainsi, le prix de la tonne de carbone sur le marché européen est passé de 20 euros la tonne en 2020 à plus de 80 euros ; de plus tous, les secteurs d’activité vont devoir progressivement acheter des permis d’émission carbone. Plus la trajectoire de sortie des énergies fossiles sera ambitieuse et rapide, plus l’impact sur les prix sera fort, et ce d’autant que l’Europe reste très dépendante des énergies fossiles, qui représentent encore 85% de notre consommation totale d’énergie. Si l’on ajoute à cela la volonté des Européens de réduire rapidement leur dépendance aux importations de gaz russe et celle des pays producteurs de pétrole d’entretenir une certaine rareté de l’offre, la fossilflation semble bien partie pour durer.

Une troisième cause, qualifiée par la BCE de « greenflation », vient du fait que les technologies propres sont encore coûteuses à produire, en particulier lorsqu’elles font appel à des métaux et minéraux dont la production est insuffisante. Par exemple, les batteries des voitures électriques nécessitent d’utiliser du lithium, ce qui a fait augmenter son prix de plus de 1000% depuis 2020. Certes, on peut anticiper que les capacités d’extraction de métaux et minéraux vont augmenter demain. De même, le développement des technologies vertes va permettre de réaliser progressivement des économies d’échelle et de tirer parti également d’économies d’expérience, ce qui fera baisser leur prix.

Mais tout cela va prendre du temps : la transition verte ne sera pas instantanée et il est probable que, le temps de la transition, l’inflation devienne structurellement plus élevée dans les pays développés. Face à cette nouvelle donne, les banques centrales vont devoir répondre à une question redoutable : doivent-elles demain rehausser leur cible d’inflation – actuellement de 2% à moyen terme en Europe- afin d’accompagner cette transition climatique ?

 

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