« Inflation : elle est où la boucle prix/salaires ? » (L’Opinion)

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Emmanuel Combe a publié une chronique dans L’Opinion sur l’inflation, le 10 Février 2022.

 

Inflation : elle est où la boucle (prix-salaire) ?

 

En matière de politique monétaire, les débats se focalisent depuis plusieurs mois sur le retour de l’inflation : si personne ne conteste la réalité de la hausse annuelle des prix aux USA et en Europe, la question centrale est de savoir si ce phénomène sera transitoire ou durable. Si la hausse des prix résulte d’abord d’un effet de rattrapage post-confinement et de goulots d’étranglement sur les approvisionnements, alors il est probable que les tensions sur les prix vont se relâcher. A l’inverse, si la hausse des prix se généralise et persiste dans le temps, alors on pourra véritablement parler d’un retour de l’inflation.

Pour qu’une hausse des prix se transforme en inflation, le facteur clé est la manière dont les salaires réagissent. Une hausse des prix peut en effet conduire les salariés à exiger des hausses de rémunération pour « rattraper » le pouvoir d’achat perdu. Ces hausses de salaire vont à leur tour peser sur les marges des entreprises, qui peuvent réagir en augmentant le prix de leurs produits. Une véritable spirale peut s’enclencher, appelée « boucle prix-salaire ».

Quel est le risque d’un tel scénario aujourd’hui ? Une étude d’Euler Hermès vient apporter des éléments de réponse empiriques intéressants, en comparant la France à trois autres pays.

Commençons par le premier élément de la boucle : une hausse des prix conduit-elle à des hausses de salaires ? Oui, et de manière assez rapide dans des pays comme les Etats-Unis ou le Royaume-Uni. Ceci s’explique par la grande flexibilité du marché du travail mais également par des situations de pénurie de main d’œuvre outre-Manche et de chute du taux de participation à la population active aux Etats-Unis. A l’inverse, dans des pays comme la France et surtout l’Allemagne, les salaires s’ajustent moins vite à la hausse des prix. Cela provient du fait qu’ en France les négociations salariales sont annuelles ; dans le cas allemand, la modération salariale s’explique par le système de cogestion : en cas de choc sur les prix, les salariés allemands préfèrent préserver la compétitivité de leur économie, très tournée vers l’exportation. L’indexation des salaires est donc plus progressive dans ces deux pays.

Second élément de la boucle : si les salaires augmentent, comment réagissent les entreprises en matière de prix ? La réaction est rapide et forte en Allemagne et au Royaume-Uni ; elle est plus progressive en France. A l’inverse, aux Etats-Unis, les prix réagissent assez peu aux hausses de salaire : face à une hausse des (bas) salaires, les entreprises américaines compriment leurs marges, dans un contexte de moindre concurrence et de fortes marges.

En combinant les deux éléments de la boucle, on peut conclure que le risque d’une boucle prix-salaire est assez faible aux Etats-Unis.  Ce risque est en revanche assez fort et rapide au Royaume-Uni, puisqu’une hausse des prix initiale va être amplifiée par la hausse rapide des salaires sur le marché du travail, qui va entrainer à son tour une hausse des prix. Dans le cas de la France, ce risque existe également mais il est plus étalé dans le temps, compte tenu des délais de réaction des salaires par rapport aux prix. Dit en d’autres termes, on ne peut exclure en France une boucle prix-salaires … mais ce n’est pas pour tout de suite.

 

 

 

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