Programme économique du FN : un étrange silence (L’Opinion)

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N’en déplaise à ses détracteurs, le programme du Front national a pour lui le mérite de la clarté. Il tient en un mot : protection. Sur le plan sociétal, protection des personnes et de la supposée « identité française » ; sur le plan économique, protectionnisme à tous les étages. Un programme qui désigne clairement les coupables : immigration, Europe, mondialisation. Un programme simple qui appelle un remède tout aussi simple : sortons de l’euro, fermons les frontières avec les émergents, confions les clés de l’économie à l’Etat, et nous retrouverons ainsi le chemin de la croissance et des emplois perdus. Face à ce discours économique, les grands partis politiques sont restés jusqu’ici très silencieux.

Etrange silence, alors qu’il est pourtant si facile de démontrer les approximations du FN. Un exemple parmi d’autres : les supposées « délocalisations massives » sont contredites par les études de l’Insee. En réalité, les entreprises françaises délocalisent assez peu et au mieux 15 % des destructions d’emplois résulteraient de ce phénomène. Le Front national oublie d’ailleurs de mentionner que les délocalisations jouent dans les deux sens : n’est-ce pas une firme automobile étrangère qui s’est implantée en 2001 dans le Nord de la France, créant ainsi plusieurs milliers d’emplois à Valenciennes ?

Confondante naïveté. Etrange silence, alors même que les solutions proposées par le Front national sont d’une confondante naïveté. Prenons à nouveau l’exemple du protectionnisme : si la France met des barrières au commerce avec les pays émergents, qui peut croire sérieusement qu’il n’y aura pas de représailles ? Des représailles qui se feront sentir… à Toulouse chez Airbus, lorsque le 1,3 milliard de Chinois boycotteront l’achat de nos avions ; ou en Champagne, lorsque les pays émergents taxeront nos exportations d’alcools et spiritueux. Plus encore, comment ne pas voir que ce sont les Français les plus fragiles qui paieront la facture salée du protectionnisme, au travers d’une baisse de leur pouvoir d’achat ?

Notre ambition ne doit pas être de nous replier sur nous-même et d’importer moins ; notre ambition doit être d’exporter plus de produits de qualité et à forte valeur ajoutée

Contre-discours mobilisateur. Il y a peut-être une réponse à cet étrange silence : notre classe politique, de gauche comme de droite, n’a pas de conviction forte sur la mondialisation et se révèle donc incapable, face au FN, de porter un contre-discours mobilisateur. Pourtant, ce discours est possible et se trouve même sous nos yeux, dans cette France des régions qui gagnent et exportent avec succès nos savoir-faire. Demandez d’ailleurs aux ouvriers de Zodiac, aux artisans de Louis Vuitton, aux cuisiniers du groupe Alain Ducasse s’ils craignent la mondialisation ; ils vous répondront qu’elle est plutôt une chance pour leur emploi. Grâce à leurs compétences, ils réussissent même à faire la mondialisation à l’envers, en exportant… vers les pays émergents. Notre ambition ne doit pas être de nous replier sur nous-même et d’importer moins ; notre ambition doit être d’exporter plus de produits de qualité et à forte valeur ajoutée.

Mais pour réussir ce pari, encore faudrait-il que nous prenions les mesures qui s’imposent et qui tiennent en un mot : qualification. Pas de qualité des produits sans qualification des hommes. De tous les hommes. Misons sur l’apprentissage, diversifions les voies de l’excellence, luttons sans relâche contre l’illettrisme et le décrochage scolaire, mettons la formation professionnelle au service de ceux qui en ont le plus besoin. L’enjeu de la mondialisation aujourd’hui, c’est non seulement de former plus d’ingénieurs et de commerciaux mais aussi et surtout d’offrir une qualification à tous les ouvriers.

Messieurs les politiques, si votre ambition est vraiment de faire reculer le FN dans les urnes, assumez enfin une vision offensive de la mondialisation ! Une mondialisation pour tous.

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