Mettre du service dans l’industrie

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« Les industriels de l’automobile tentent d’aller au-delà de leur activité première et principale, pour se positionner comme des acteurs à part entière de la mobilité des individus, particuliers comme professionnels »

Le constat d’un déclin tendanciel de notre industrie n’est plus à faire, tant les chiffres sont éloquents : en l’espace de 40 ans, sa part dans l’économie a été divisée par deux, pour représenter aujourd’hui 10 % du PIB. Un bref clin d’œil sur le CAC40 confirme ce constat : en 1987, Peugeot, Air Liquide, Saint-Gobain ou Alcatel figuraient parmi les principales capitalisations boursières. En 2017, seul Airbus est présent au sein du top 10.

Faut-il en conclure que notre industrie est définitivement « has been » et ne jurer que par les services, qui se taillent déjà la part du lion, avec 72 % du PIB ? On pourrait alors envisager un scénario extrême, dans lequel les industriels désinvestiraient massivement la production d’objets pour se reconvertir dans les services liés aux objets. Tel est le scénario choisi par une entreprise comme IBM aux Etats-Unis il y a 20 ans, en revendant progressivement son activité d’ordinateurs au chinois LeNovo, pour se centrer principalement sur les services de conseil, le cloud et l’analyse de données. Mais une autre option est possible pour l’industrie : outre la montée en gamme, elle consiste à enrichir et accompagner les produits avec des services complémentaires et à forte valeur ajoutée.

Autopartage. Telle est la voie que semblent emprunter aujourd’hui certains acteurs de l’industrie automobile européenne. Ainsi, après avoir investi dans l’autopartage et dans une application de réservation de transport, le groupe Daimler – propriétaire des marques Mercedes et Smart – vient d’annoncer qu’il prenait le contrôle de Chauffeur Privé, second acteur français de VTC. Les constructeurs français semblent engagés dans la même direction : Renault a racheté en septembre 2017 le VTC Marcel et investi dans la location de voitures en libre-service avec Renault Mobility ; de son côté, Peugeot a lancé son application Free2Move.

Bref, les industriels de l’automobile tentent d’aller au-delà de leur activité première et principale, pour se positionner comme des acteurs à part entière de la mobilité des individus, particuliers comme professionnels. Sans aller jusqu’à devenir des opérateurs de l’intermodalité, ils tentent de couvrir l’ensemble du spectre des usages possibles d’une voiture : achetée, partagée, louée, conduite soi-même ou par un tiers. Ils anticipent ainsi le sens de l’histoire et du marché : demain, pour le client, la voiture sera de moins en moins un objet statutaire ; elle deviendra un simple outil, parmi d’autres, pour satisfaire le besoin de se déplacer. La valeur ajoutée d’un constructeur automobile résidera alors dans sa capacité à offrir des solutions efficaces et pratiques pour y répondre.

Mais pour que cette nouvelle stratégie alliant produits et services – à savoir automobiles et solutions de mobilité — soit demain une pleine réussite, les constructeurs vont devoir opérer une petite révolution copernicienne : passer d’une approche fondée sur la vente instantanée d’une voiture à la mise à disposition aux clients d’une palette de services, dans la durée, et dont la voiture n’est plus que le support. Dit autrement, mettre le service au centre de leur activité… industrielle.

Emmanuel Combe est professeur des universités, professeur affilié à Skema Business School.

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