« Transport aérien : le précieux sésame des slots » (Les Echos)

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Emmanuel Combe a publié une chronique dans Les Echos le 24 Février 2021 sur la question des slots dans les grands aéroports.

 

Transport aérien : le précieux sésame des slots

A l’heure où Air France négocie avec la Commission Européenne les conditions de sa recapitalisation, la question des slots revient sur le devant de la scène. Bruxelles exige en effet la restitution de 24 créneaux de décollage sur l’aéroport d’Orly, comme elle l’avait exigé dans le passé de Lufthansa sur les aéroports de Munich et Francfort. L’idée est de faciliter l’accès de concurrents à des aéroports congestionnés dans lesquels opère la compagnie aidée, afin de compenser l’avantage concurrentiel dont elle va bénéficier.

Rappelons que les slots sont un droit d’usage accordé par la puissance publique à une compagnie aérienne pour qu’elle puisse décoller ou atterrir sur un aéroport à un certain horaire. Dans la plupart des aéroports, ce droit ne pose aucun problème dans la mesure où l’offre de slots est supérieure à la demande. Il en va autrement sur les grandes plateformes comme Francfort, Londres Heathrow ou Orly, où les créneaux sont en nombre insuffisants. Dans ce cas de figure, la pénurie de slots crée un « effet de rareté », qui risque de renchérir le prix des billets d’avion. Une étude récente a ainsi montré que le prix des billets au départ ou à l’arrivée du principal aéroport de Mexico était en moyenne plus élevé de 21% que sur des lignes comparables sur d’autres aéroports du Mexique, à cause du manque de slots. Si l’on veut diminuer cet effet de rareté, la solution passe par une plus grande productivité des pistes, l’élargissement des plages horaires ou l’agrandissement des capacités aéroportuaires, autant de perspectives qui ne sont actuellement pas très audibles politiquement. Redistribuer les slots entre compagnies ne changerait pas grand-chose à la situation de rareté.

Mais un second problème se pose sur les grandes plateformes congestionnées : non seulement les slots sont en quantité insuffisante, mais ils sont répartis de manière inégale. La règle « du grand père » stipule en effet qu’une compagnie qui exploite déjà un créneau peut le garder tant qu’elle l’utilise au moins à 80%.  A l’occasion de la crise Covid, cette règle a même été renforcée en Europe, avec un seuil abaissé temporairement à 40% pour éviter que les compagnies ne fassent voler des avions presque vides pour maintenir leurs créneaux. On arrive à une situation dans laquelle les opérateurs historiques peuvent disposer d’une large partie des créneaux –entre 50 et 70% selon les aéroports. De plus, les slots bougent assez peu au cours du temps : d’un côté, les opérateurs historiques n’ont aucun intérêt à les perdre, de peur de renforcer leurs concurrents ; de l’autre, les compagnies en croissance sont limitées par la règle d’attribution des créneaux libérés. En effet, lorsqu’un créneau se libère -ce qui est assez rare-, il tombe dans un pot commun et est réattribué selon la règle suivante : la moitié est allouée à de nouveaux entrants, définis comme ceux disposant de moins de 5 % des créneaux sur l’aéroport. Cette règle favorise l’éparpillement des créneaux entre de petits acteurs et limite le développement des opérateurs en croissance. Le seul véritable moyen de croitre est alors de racheter une compagnie installée, à l’image de ce qu’a fait easyJet sur Londres en acquérant GB Airways. Cette concentration des slots a comme conséquence de donner un « pouvoir de marché » aux principaux opérateurs, ce qui fait monter le prix des billets. Cet effet négatif peut être toutefois contrebalancé par un « effet de coordination », si l’aéroport est un hub : dans ce cas, la concentration des slots aux mains d’une grande compagnie permet de mieux coordonner les correspondances entre les vols, d’augmenter les taux de remplissage, de baisser les coûts et donc le prix des billets. Dans le cas du hub de Mexico, les auteurs montrent que cet effet positif compense pour la compagnie AeroMexico l’effet négatif de « pouvoir de marché ». A contrario, si l’aéroport n’est pas un hub, le seul effet qui risque de se produire est l’effet de « pouvoir de marché ». Pour le réduire, la solution passe alors par une redistribution des slots.

 

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