Station F (L’Opinion)

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Après le succès du salon Vivatech, Paris inaugure Station F, le plus grand campus de start-up au monde, initié par Xavier Niel. Cet engouement pour les jeunes pousses est-il vraiment justifié sur un plan économique ?

A vrai dire, pour un pays développé, le secret de la croissance réside aujourd’hui dans les gains de productivité, c’est-à-dire dans sa capacité à produire toujours plus efficacement. Ces gains ne tombent pas du ciel : ils résultent de facteurs bien connus, tels que le niveau d’éducation de la population, l’investissement en R & D ou bien encore la qualité des institutions. Mais une autre variable s’est invitée dans l’équation : le renouvellement des entreprises.

En effet, si l’on en croit plusieurs études empiriques sur des données américaines, l’entrée et l’essor de nouvelles pousses, plus efficaces, viennent doper la productivité, et ce d’autant qu’elles incitent les entreprises en place, menacées par l’arrivée de ces jeunes disrupteurs, à réagir en étant à leur tour plus performantes, au risque sinon de décliner. Bref, dans un monde de « destruction créatrice », le dynamisme entrepreneurial constituerait un levier crucial de performance macroéconomique.

Dans ce contexte, il devient stratégique pour un pays de favoriser non seulement la création d’entreprises – plus de 550 000 ont vu le jour en France en 2016 – mais aussi et surtout de permettre à ces jeunes pousses de devenir rapidement de nouveaux géants. Pour juger du dynamisme d’une économie, c’est donc plus l’âge moyen des entreprises que leur taille qui importe : une économie composée exclusivement de géants d’hier ou d’une multitude de PME anciennes sera moins propice aux gains de productivité qu’une économie faite d’entreprises jeunes mais en forte expansion.

Vieux CAC 40. La pyramide des âges des grandes entreprises constitue à cet égard un indicateur utile : comparativement aux Etats-Unis, où Uber, Tesla ou Twitter n’existaient pas il y a quinze ans, les nouveaux géants se comptent dans notre pays sur les doigts de la main. Pour s’en convaincre, il suffit par exemple de jeter un coup d’œil sur la composition de notre CAC 40 : l’entreprise la plus jeune de l’indice, Sanofi, est née en… 1973.

Mais la dynamique entrepreneuriale d’un pays ne se décrète pas : elle résulte d’une subtile alchimie, dans laquelle le facteur humain joue le rôle central. Du côté des salariés, la turbulence économique ne sera acceptable socialement que si elle ne joue pas contre eux : la formation initiale et continue doit permettre d’accompagner les transitions des salariés d’un emploi à l’autre, d’une entreprise à l’autre, d’un secteur à l’autre. L’adage « Protégeons les travailleurs plutôt que les emplois » n’a jamais pris autant de sens. Du côté des créateurs d’entreprise, la capacité à faire venir ou revenir en France les nombreux talents partis tenter leur chance outre-Atlantique ou ailleurs sera également décisive.

A l’heure où les Etats-Unis s’interrogent sur leur capacité à renouveler leur tissu industriel – selon une étude de la Brooking Institution, l’économie américaine serait devenue moins « entrepreneuriale » depuis 2006, avec une chute marquée du taux d’entrée des nouvelles entreprises – notre pays dispose aujourd’hui d’une formidable opportunité pour devenir le nouvel eldorado des start-up. Tentons notre chance !

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