« Sans réforme, la dette française atteindra 130% du PIB en 2030 » (L’Opinion)

Emmanuel Combe a publié, le 30 Juillet 2026, une chronique dans L’Opinion.

 

Sans réforme, la dette française atteindra 130% du PIB en 2030

 

Si aucune action d’envergure n’est entreprise rapidement, la dette publique française pourrait bien atteindre 130 % du PIB en 2030, soit 12 points de plus qu’aujourd’hui. La charge de la dette bondirait alors de 78 à 124 milliards d’euros d’ici 2030, soit le montant réuni du budget de l’Education nationale et de la Défense ! Tel est le constat sans appel dressé par le rapport de la mission sur la transparence des finances publiques. Ce scénario de hausse continue de la dette publique est assez plausible, pour au moins quatre raisons.

En premier lieu, la situation des taux d’intérêt a radicalement changé en Europe depuis quatre ans, avec la normalisation progressive de la politique monétaire de la BCE. Il en a résulté une hausse continue des taux d’intérêt sur les émissions OAT à 10 ans, passés de 0,3 % début 2022 à presque 4 % aujourd’hui.

Cela signifie donc qu’au fur et à mesure que la France renouvelle sa dette, son taux d’emprunt moyen (appelé « taux apparent de la dette ») augmente : il était de 1,3 % en 2020 et atteint aujourd’hui 2,3 %. Si rien n’est fait, il sera à 3,1 % en 2030. Cette hausse des taux devient problématique dès lors que le taux apparent de la dette devient supérieur au taux de croissance nominal de l’économie : un phénomène bien connu « d’effet boule de neige »s’enclenche, conduisant à une hausse automatique de la part de la dette dans le PIB. Cet effet boule de neige apparaît assez probable en France si rien n’est fait, dans la mesure où l’économie française ne devrait croître chaque année que de 2,7 % d’ici 2030.

En second lieu, la dette française est désormais perçue par les investisseurs comme plus risquée au sein de la zone euro, compte tenu de l’absence de réforme budgétaire ambitieuse. Il en résulte que la France emprunte avec une « prime de risque » croissante, par rapport à l’Allemagne : le « spread » a doublé depuis 2017. Plus encore, on assiste à une modification dans la hiérarchie des émetteurs en zone euro : la France se finance désormais moins bien à dix ans que le Portugal et l’Espagne, et quasiment au même niveau que l’Italie.

En troisième lieu, une part importante de nos dépenses publiques est indexée automatiquement sur l’inflation. C’est notamment le cas des dépenses de retraite et de prestations sociales. Chaque poussée d’inflation se traduit donc mécaniquement, l’année suivante, par une hausse équivalente des prestations, sans véritable débat budgétaire.

En dernier lieu, la situation politique de la France est propice à l’endettement public, comme le montrent les travaux académiques sur l’économie politique de la dette. Tout d’abord, la France vit depuis deux ans avec un gouvernement de coalition, sans véritable majorité au Parlement. Un gouvernement de coalition a peu de chances de mener une politique de baisse des dépenses, à cause d’un problème classique de « pot commun ». En effet, chaque partenaire d’une coalition défend un poste de dépense publique qui correspond aux intérêts de ses électeurs, tandis que le coût de cette dépense est mutualisé sur l’ensemble des contribuables. Plus le nombre de coalitions différentes augmente, plus il est risqué pour un gouvernement de proposer des coupes budgétaires franches. Ensuite, la France se caractérise par une forte polarisation des opinions politiques, avec deux partis puissants aux extrêmes. Plus les intérêts politiques sont polarisés, plus la tentation de la dépense publique financée par la dette est forte : elle permet de limiter les marges de manœuvre de son adversaire, s’il arrivait demain au pouvoir.

Face à ces forces structurelles qui poussent naturellement à la hausse de la dette, il faudra beaucoup de courage et de détermination à la future équipe issue des urnes en 2027 pour infléchir la tendance, en menant une véritable politique d’ajustement budgétaire.

 

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