Emmanuel Combe a publié le 18 Août une chronique dans L’Opinion :
Hausse des températures : quels impacts sur la croissance ?
L’Europe occidentale vient de connaître son début d’été le plus chaud jamais enregistré, avec un mois de juillet dépassant de 2,5 °C les normales saisonnières. Cette tendance, si elle se poursuit dans les années à venir, aura nécessairement un impact sur la croissance.
En effet, l’analyse économique a mis en évidence une relation empirique entre température et production, relation qui prend la forme d’une courbe en « U inversé ». En dessous d’une certaine température, un climat plus chaud favorise la croissance. Au-delà, il la pénalise de plus en plus fortement à mesure que la température s’élève. La température optimale en termes de croissance se situerait aux alentours de 13 °C. Cela revient à dire que des pays froids comme le Canada ou les pays scandinaves, dont la température moyenne se situe en-deçà de 13 °C, bénéficieront du réchauffement climatique ; à l’inverse, des pays déjà chauds comme l’Inde, le Nigeria ou le Brésil verront leur production pénalisée pour chaque degré supplémentaire.
Le changement climatique risque ainsi d’agir comme un amplificateur des inégalités entre pays. En effet, les pays déjà chauds figurent, dans leur grande majorité, parmi les pays les plus pauvres du monde. De surcroît, ils disposent de capacités d’adaptation limitées, notamment en matière de climatisation ou d’irrigation.
L’impact de la température sur la croissance passe par trois canaux principaux.
Tout d’abord, il y a le canal de l’agriculture : au-delà d’un certain niveau de chaleur, les rendements des grandes cultures chutent brutalement. Le cas du maïs américain est particulièrement bien documenté : une étude a montré que les rendements progressaient jusqu’à 29 °C, puis décrochaient brutalement au-delà. Ce qui compte pour la récolte n’est pas tant la température moyenne de la saison, que le cumul des heures passées au-dessus de ce seuil.
Ensuite, il existe un canal lié à la productivité du travail. Le corps humain travaille moins vite et moins longtemps quand il fait très chaud : les travailleurs exposés à la chaleur — bâtiment, logistique, agriculture— réduisent leur temps de travail effectif dès que la température dépasse certains seuils. Une étude récente de la banque néerlandaise Triodos estime que les fortes chaleurs entraineront en 2026 une perte de PIB en Europe de 1% dont plus de la moitié est imputable à la moindre productivité du travail.
Enfin, une température trop élevée agit sur l’incitation à investir : des chocs de chaleur répétés découragent l’accumulation de capital physique. Par exemple, les infrastructures sont plus coûteuses à entretenir puisqu’elles se dégradent plus rapidement à cause des fortes chaleurs.
Si la température influe bien sur la croissance, la nature de cet impact fait encore débat chez les économistes : le réchauffement affecte-t-il le niveau du PIB en créant un choc instantané avant que la croissance ne reprenne son cours normal ? Ou bien le réchauffement réduit-il durablement le taux de croissance ? Selon le scénario retenu, les pertes de production projetées à l’horizon 2100 diffèrent radicalement. Les modèles calibrés sur un effet de niveau aboutissent à des pertes de quelques points de PIB mondial, tandis que ceux qui retiennent un effet cumulatif sur la croissance débouchent sur des pertes considérables, de l’ordre de 20 à 30 % du PIB mondial. Dans tous les cas, l’impact reste significatif.
Longtemps reléguée au rang de simple sujet climatique, la température est en train de devenir, pour les économistes, l’une des variables clés qui déterminera la croissance de demain.


