Relance fiscale : êtes-vous plutôt keynésiens ou ricardiens ? (L’Opinion)

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A l’heure où l’exécutif s’apprête à livrer ses premières pistes de sortie du Grand Débat National, l’attention va se focaliser tout particulièrement sur la question du pouvoir d’achat. Rappelons que le pouvoir d’achat représente la quantité de biens et services que l’on peut acheter avec son revenu disponible, compte tenu du niveau général des prix. Sur le long terme, son augmentation dépend fondamentalement de la croissance économique, des gains de productivité et relève donc de politiques structurelles. A court terme, il est toutefois possible d’agir, en jouant sur le niveau des prix -au travers de réformes concurrentielles comme celles annoncées dès le mois de Mars par le gouvernement- ou sur le revenu disponible des ménages, via une baisse de la fiscalité.

En particulier, une forte baisse de l’impôt sur le revenu augmentera mécaniquement la fiche de salaire ou le bulletin de pension de nombreux Français. Si les ménages se comportent comme des « keynésiens », ils  profiteront de cet effet d’aubaine pour consommer plus et nous assisterons à une relance fiscale. L’impact sur la consommation sera d’autant plus marqué qu’il sera ciblé sur les premières tranches d’imposition : en effet, la propension à consommer d’un ménage est d’autant plus forte que son revenu est faible.

Mais un autre scénario est possible, théorisé sous le doux nom de « théorème Ricardo-Barro » ; les ménages peuvent estimer que la baisse d’impôt n’aura rien de durable et adopter un comportement «ricardien » : plutôt que de dépenser ce supplément de revenu, ils constitueront une épargne de précaution, en prévision d’impôts futurs. L’effet de la réforme fiscale sur la consommation sera alors faible, voire inexistant.

Il est donc important de savoir si les ménages se comportent plutôt en keynésiens ou en ricardiens. Le choix entre ces deux attitudes va dépendre de plusieurs facteurs. Tout d’abord, le niveau de dette publique du pays : s’il est très élevé, les ménages seront assez sceptiques sur la crédibilité d’une baisse de l’impôt. Il n’existe certes pas de chiffre magique pour déterminer le seuil au-delà duquel la dette publique est perçue comme problématique mais on peut constater qu’elle atteint déjà en France les 100% du PIB. De même, les ménages vont se demander si la baisse d’impôts est tenable, dans la mesure où elle entraine une hausse du déficit budgétaire ; or, en Europe, la marge de manœuvre d’un gouvernement pour un dérapage des finances publiques est fortement encadrée par la règle des 3%, sauf à aller au conflit avec Bruxelles. Dans la même veine, une baisse des impôts sera considérée d’autant plus crédible qu’elle sera accompagnée en parallèle d’un ambitieux programme de réduction de la dépense publique : à l’heure où les Français demandent autant sinon plus de services publics, il sera délicat d’utiliser ce levier. Dernier facteur qui peut affecter le comportement des Français : leur attitude vis-a-vis du futur et de leur descendance. Ils peuvent avoir un comportement « dynastique », consistant à se soucier du niveau de vie de leurs enfants et petits enfants. Par exemple, s’ils estiment que la baisse de la fiscalité aujourd’hui se traduira par une hausse de la dette publique qu’il faudra bien rembourser un jour, ils épargneront plus pour transmettre un patrimoine plus élevé à leurs descendants. A l’inverse, des ménages plutôt «consuméristes» préfèreront profiter de l’instant présent, quitte à laisser une ardoise aux générations futures. Il y a fort à parier que nous soyons tous un peu ricardiens dans nos principes et … très keynésiens dans nos pratiques de consommation.

Emmanuel Combe est vice-président de l’Autorité de la concurrence, professeur à Skema Business School.

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