« Réformes concurrentielles : à quand le grand retour ? » (Les Échos)

Emmanuel Combe a publié le 24 Juin 2025 dans Les Échos une chronique sur les réformes concurrentielles.

Réformes concurrentielles : à quand le grand retour ?

 

Emmanuel Combe, Professeur à l’Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne et à Skema Business School

A l’heure où nos décideurs politiques parlent de réindustrialisation et de souveraineté, il y a un mot qui a littéralement disparu de leur vocabulaire : concurrence. On peut constater qu’aucun parti politique, de gauche comme de droite, ne pousse plus dans les débats économiques la cause de la concurrence. Du côté du gouvernement, même situation : dans un contexte de coalition, il est risqué de proposer des réformes pro-concurrentielles, sous peine de se mettre à dos rapidement une partie de ses alliés.

Certes, les autorités de concurrence veillent toujours au grain, pour s’assurer que des pratiques d’entente, d’abus de position dominante ou des opérations de concentration ne viennent fausser le jeu de la concurrence. Ainsi, à titre d’exemple, l’Autorité de la concurrence vient de condamner pour la première fois une entente … sur le marché du travail : plusieurs entreprises concurrentes d’ingénierie informatique avaient mis en place des gentlemen’s agreements, consistant à s’interdire mutuellement de se débaucher la main d’œuvre.

Mais mettre fin à des pratiques anti-concurrentielles n’est pas synonyme de porter politiquement des réformes en faveur d’une plus grande ouverture des marchés. Les réformes possibles sont pourtant légion : mentionnons notamment le lancement d’un comparateur public de prix dans la grande distribution alimentaire, le renforcement de la lutte contre les cartels, la réforme de l’examen pratique du permis de conduire, l’ouverture raisonnée de la vente de médicaments à la grande distribution, la réforme de la loi Hoguet, etc. Certaines de ces réformes n’ont rien de très nouveau : on les trouve déjà dans le rapport Armand-Rueff (1953), le rapport de la Commission Attali (2007) et les nombreux avis sectoriels de l’Autorité de la concurrence.

Pour que ces réformes aient une chance de voir le jour, il est primordial de  rebâtir  un discours politique clair et convaincant sur  ce qu’est fondamentalement la concurrence. Non, la concurrence n’est pas une force au service des plus forts. C’est même le contraire : la concurrence, dès lors qu’elle est régulée, est l’alliée des plus méritants.  La concurrence est fondamentalement démocratique : elle permet à de nouvelles entreprises de tenter leur chance sur le marché.  Les électeurs sont les consommateurs et ils votent avec leur porte-monnaie. La concurrence a de multiples vertus : non seulement elle fait baisser les prix, mais elle démocratise aussi l’accès au marché, augmente la qualité de service, incite les entreprises à s’améliorer en permanence, ce qui est source de gains de productivité, d’innovations et, in fine, de croissance économique. Si l’on doute des multiples vertus de la concurrence, il suffit de regarder ce qui se passe actuellement dans le ferroviaire. L’entrée de Trenitalia sur la ligne de TGV Paris-Marseille, en concurrence avec la SNCF, et l’arrivée d’un nouvel opérateur, Transdev, sur la ligne TER Marseille-Nice, à la place de la SNCF (à l’issue d’un appel d’offres) sont autant de bonnes nouvelles pour les consommateurs et les collectivités locales, que ce soit en termes de prix ou de qualité de service.

Il est peu probable que de grandes réformes concurrentielles voient le jour d’ici l’élection présidentielle de 2027.  L’expérience montre en effet que ce type de réformes se fait souvent en début de mandat :  il faut du courage et une majorité pour affronter les intérêts particuliers, alors que le gain économique de la concurrence se fait ressentir plus tard. Mais il n’est pas interdit de préparer dès à présent l’avenir.

 

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