Des Rafales, des fromages et du luxe (L’Opinion)

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La récente vente de Rafale à l’Egypte vient donner un salutaire coup de fouet à nos exportations ; pour autant, elle ne saurait occulter la situation critique de notre commerce extérieur. Ce qui frappe, c’est l’ampleur et la persistance de notre déficit, passé en l’espace d’une décennie de – 5,7 milliards à – 54 milliards d’euros. La baisse récente du prix de l’énergie a certes réduit la facture mais ne change rien au constat : notre déficit commercial est d’abord structurel.

Nous avons perdu en dix ans plusieurs points forts. En particulier, notre industrie automobile a connu le grand plongeon, passant d’un excédent de 11,8 milliards en 2003 à un déficit de 5,6 milliards en 2013. Du côté de nos points faibles, nous avons creusé nos pertes, en important toujours plus de textiles-vêtements, tandis que le secteur de l’électronique-informatique voyait son déficit doubler.

En termes de partenaires, notre déficit commercial avec l’Allemagne et la Belgique réunies est aujourd’hui équivalent à celui… avec la Chine, de l’ordre de 25 milliards. En une décennie, nous avons perdu nos excédents commerciaux avec des pays comme les Etats-Unis ou l’Espagne et accentué nos pertes avec l’Italie ou les Pays-Bas. Hormis le Royaume-Uni et la Suisse, nous n’avons plus aucun solde positif avec nos partenaires européens : difficile dans ces conditions de faire porter tout le poids de nos difficultés sur la supposée « concurrence déloyale » des pays émergents. Notre problème, c’est aussi et surtout la zone euro.

La raison de notre déclin est simple : entre une Chine qui mise sur le bas coût et une Allemagne qui mise sur le hors-prix, notre pays s’est retrouvé pris en tenaille. D’un côté, nous sommes trop chers par rapport aux produits asiatiques ou même espagnols ; de l’autre, nous ne sommes pas assez positionnés sur le haut de gamme et la qualité pour justifier nos tarifs, notamment par rapport aux produits allemands ou américains. Bref, nous avons un positionnement qualité/prix défavorable.

Mais tout n’est pas perdu ; trois secteurs phares retiennent l’attention : l’aéronautique, le luxe et les produits du terroir. A eux seuls, ils représentent un excédent commercial qui dépasse les 50 milliards d’euros. Mais quel peut bien être le point commun entre des avions, des parfums et des fromages AOC ? L’excellence. L’excellence technologique d’Airbus et du Rafale ; l’excellence des créateurs et de la main pour les parfums et la maroquinerie de luxe ; l’excellence des savoir-faire dans le cas des fromages, vins et spiritueux.

Ces secteurs leaders nous montrent la voie à suivre : misons sur la montée en gamme de toutes nos productions et développons la « compétitivité hors prix ». Une compétitivité qui se façonne dans les laboratoires de recherche, à coup de R&D et de brevets, mais aussi grâce au design, à la créativité, à la qualité de fabrication, aux innovations commerciales, aux délais de livraison, aux services qui accompagnent le produit.

Une compétitivité qui nécessite d’opérer en parallèle une montée en gamme de nos qualifications : pas de qualité des produits sans qualification des hommes. Luttons sans relâche contre l’illettrisme et contre le décrochage scolaire (200 000 élèves chaque année). Rendons l’apprentissage plus attractif. Valorisons davantage les métiers de la main et créatifs. Bref, passons d’une société de la « connaissance » destinée à quelques élus, à une société des excellences, ouverte à tous.

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