« Pouvoir d’achat : cinq principes pour une politique » (Les Echos)

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Emmanuel Combe a publié une chronique dans Les Echos le 1 Juillet 2022 sur le pouvoir d’achat.

Pouvoir d’achat :  cinq principes pour une politique

A l’heure où l’inflation dépasse en rythme annuel les 5%, la question du pouvoir d’achat est sur toutes les lèvres. Quelques principes économiques pourraient utilement guider l’action publique en la matière, afin d’obtenir une efficacité maximale et durable.

Premier principe :  à court terme, cibler seulement les personnes qui en ont vraiment besoin. Il faut éviter les mesures trop générales, qui créent des effets d’aubaine. A cet égard, la ristourne de 18 centimes par litre d’essence n’est pas la meilleure réponse, sans compter qu’elle envoie un signal trouble sur notre engagement en faveur de la transition climatique. Il serait plus judicieux d’attribuer un chèque inflation aux ménages à faibles revenus et dont les déplacements en voiture sont contraints. Du côté des rémunérations, cela passe par la revalorisation du SMIC, des minima sociaux et de la prime d’activité.

Second principe :  ne pas trop cibler les produits. Plus les produits seront ciblés, plus le risque d’effet d’aubaine sera fort : les producteurs des biens concernés auront tendance à augmenter leurs prix du montant de la subvention. Si l’on en doute, il suffit de regarder ce qui s’est passé pour les aides au logement attribuées aux locataires durant les années 1990 :  une étude de l’INSEE a montré qu’elles avaient eu un effet inflationniste …au profit des bailleurs. Dans le cas des biens alimentaires, il serait donc judicieux d’attribuer un chèque alimentation, sans aucun ciblage particulier, que ce soit sur des produits « bio », « français » ou « de qualité ».

Troisième principe : éviter de brouiller le signal prix. Le prix joue en économie de marché le rôle essentiel d’un thermomètre, qui indique une situation de rareté. Bloquer le thermomètre ne change rien à la pénurie mais organise simplement le rationnement. Pire encore, le blocage des prix exerce un effet désincitatif sur l’offre. Il alimente également les stratégies de contournement : les offreurs dont le prix est contraint vont ajuster la qualité à la baisse ou lancer de nouveaux produits, qui ne seront pas touchés par les mesures de blocage. Enfin, la sortie du blocage des prix est toujours un moment périlleux, avec de forts effets de rattrapage. Bref, le blocage des prix n’est pas une bonne idée lorsque l’inflation n’a rien de temporaire.

Quatrième principe : agir sur le levier de la concurrence pour limiter les hausses de prix. Rappelons en effet qu’un prix dépend du niveau de la demande et des coûts mais aussi de l’intensité de la concurrence sur le marché. En ouvrant davantage certains secteurs à la concurrence, en favorisant l’information et la mobilité des consommateurs, en luttant contre les pratiques anti-concurrentielles,  les décideurs politiques disposent d’un outil, à la fois durable et peu coûteux pour les finances publiques, pour limiter les hausses de prix.

Cinquième principe : investir davantage dans l’éducation et le capital humain. A long terme, le pouvoir d’achat ne se décrète pas ; il se construit en augmentant la productivité et le taux d’emploi. A cet égard, les études empiriques sur les rendements privés de l’éducation montre que lorsque le niveau de formation d’un individu augmente, son niveau de rémunération augmente également, tout comme ses chances d’insertion sur le marché du travail.

 Face à l’inflation qui risque de durer, une politique de pouvoir d’achat devrait donc conjuguer des mesures de soutien à court terme, ciblées sur les personnes vulnérables, avec des investissements de long terme, profitant à tous, dans l’éducation et le capital humain.

 

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