Play again ! (L’Opinion)

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Alors que se joue cette semaine un nouveau bras de fer entre Ubisoft et Vivendi, arrêtons-nous un instant sur l’un des fleurons de notre industrie : les jeux vidéo.

En termes économiques, le jeu vidéo pèse pas moins de 100 milliards de dollars au niveau mondial – soit deux fois plus que le cinéma. Il affiche une insolente croissance, de l’ordre de 6 % par an, et a conquis 2 milliards de joueurs, soit l’équivalent du nombre d’utilisateurs de Facebook. L’engouement des Chinois, l’explosion des jeux sur mobile, le décollage du e-sport, le lancement régulier de « blockbusters » n’y sont sans doute pas pour rien.

Pourtant, l’industrie du jeu vidéo n’occupe pas dans notre pays – et notamment chez nos décideurs publics — la place qu’elle mérite. A vrai dire, le jeu vidéo colle mal avec nos schémas de pensée usuels : trop grand public et technologique pour les uns, défenseurs d’une conception élitiste de l’« industrie culturelle » ; trop culturel et artistique pour les autres, industriels purs et durs qui ne jurent que par l’automobile ou l’aéronautique.

Plusieurs raisons invitent pourtant à reconsidérer la place du jeu vidéo dans notre économie.

Tout d’abord, aux côtés de géants comme Ubisoft, la France dispose d’un impressionnant vivier de petites entreprises — on en dénombre pas moins de 750 — qui opèrent principalement dans le développement de jeux et sont répartis sur l’ensemble du territoire. Ces entreprises sont souvent des start-up, nées il y a moins de 5 ans. Bref, le jeu vidéo présente tous les ingrédients d’un secteur dynamique, où de jeunes pousses en forte croissance peuvent demain se transformer en nouveaux géants. De nouveaux géants : c’est exactement ce dont notre pays a besoin pour doper sa croissance économique et sa productivité, si l’on en croit une récente étude de France Stratégie.

Notre pays n’a pas su retenir dans le passé ses talents, qui ont pris un aller simple pour le Canada, devenu en 20 ans l’eldorado du jeu vidéo

Synergies. Plus encore, le jeu vidéo est au croisement de nombreux secteurs d’activité et applications. Il entretient des synergies avec le cinéma ou la musique : n’oublions pas que le dernier Star Wars a fait un carton plein dans les salles obscures et… sur les consoles. De même, le jeu vidéo étant basé sur le numérique, les développements technologiques qui s’y opèrent peuvent irriguer d’autres secteurs : par exemple, la réalité artificielle intéresse déjà les secteurs de l’automobile ou de l’imagerie médicale.

En dernier lieu, le jeu vidéo utilise d’abord comme matière première la… matière grise. Du capital humain, bien souvent formé dans nos régions, qui abritent parmi les meilleures écoles au monde. Mais notre pays n’a pas su retenir dans le passé ses talents, qui ont pris un aller simple pour le Canada, devenu en 20 ans l’eldorado du jeu vidéo, grâce à une politique fiscale attractive. Mais les choses sont peut-être en train de changer dans notre pays, à la faveur du relèvement du crédit d’impôt jeux vidéo à 30 % : Ubisoft, dont les créatifs sont majoritairement installés à Québec et qui n’avait plus implanté de nouveau studio en France depuis vingt ans, vient d’ouvrir un site à… Bordeaux ; d’autres éditeurs de premier plan, installés à l’étranger, multiplient les contacts ces derniers mois et posent un regard neuf sur notre pays. Play Again !

Emmanuel Combe est professeur des universités, professeur affilié à Skema Business School.

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