Pièces détachées auto : plein phare sur la concurrence (L’Opinion)

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Alors que le grand débat national vient de prendre fin, l’heure est désormais aux choix : parmi les revendications exprimées par les Français figurent des thèmes structurants comme la transition écologique, la fiscalité ou l’organisation des services publics. Nulle trace à l’horizon d’un sujet qui fût pourtant à l’origine même du mouvement des Gilets jaunes : le pouvoir d’achat. Il serait toutefois périlleux de l’ignorer, au motif qu’il ne ressort pas expressément de la consultation en ligne. L’exécutif l’a d’ailleurs bien compris : sans même attendre la fin du grand débat, il a annoncé plusieurs réformes sectorielles visant à redonner du pouvoir d’achat aux Français. Syndic de copropriété, permis de conduire et… pièces détachées automobile sont à l’agenda.

Dans le cas de l’automobile, le sujet porte sur les pièces détachées dites « visibles », telles qu’un rétroviseur ou des phares : ces pièces sont protégées au titre du droit des dessins et modèles, ce qui signifie que seul le constructeur peut les fabriquer (ou les faire fabriquer, en sous-traitance). Cette situation de monopole est justifiée dans le cas d’une « première monte », sur un véhicule neuf : elle est la juste contrepartie de l’effort d’innovation fourni par le constructeur. Mais le monopole apparaît plus discutable lorsqu’il s’agit de l’entretien et de la réparation d’un véhicule : en France, dans 70 % des cas, lorsqu’un garagiste doit changer un rétroviseur, il est tenu d’acheter la pièce auprès du constructeur.

Clause de réparation. Certains pays comme l’Allemagne, dont l’industrie automobile est pourtant florissante, ont fait le choix d’autoriser la «clause de réparation », qui permet aux équipementiers de vendre leurs propres pièces de rechange visibles. La concurrence introduite par cette clause a conduit en Allemagne à une modération des prix : à titre de comparaison, le prix des pièces détachées a augmenté quatre fois plus vite en France qu’outre Rhin sur la période 1998/2010. Si la France introduisait demain une « clause de réparation », on pourrait donc s’attendre à de significatives baisses de prix sur les pièces détachées et, par voie de conséquence, sur les polices d’assurance auto. Selon une récente estimation d’UFC Que-choisir, le gain de pouvoir d’achat serait de 415 millions d’euros.

Les opposants à la réforme objecteront qu’il ne s’agit que d’une simple redistribution de richesse, en faveur des consommateurs et au détriment des constructeurs automobiles français et de l’emploi. En réalité, comme l’avait montré l’Autorité de la concurrence en 2012, 60 à 70 % des pièces visibles de rechange sont déjà fabriquées en sous-traitance par des équipementiers français comme Valeo ou Faurecia, pour le compte des constructeurs. Les éventuelles pertes de part de marché subies par ces derniers devraient donc se faire principalement au profit des équipementiers français, avec un effet relativement neutre sur le volume de l’emploi.

Moralité : si la concurrence ne constitue pas l’alpha et l’omega de toute politique économique, elle a le mérite de redonner du pouvoir d’achat, sans pénaliser l’emploi ni grever les finances publiques. Il serait dommage de s’en priver.

Emmanuel Combe est vice-président de l’Autorité de la concurrence, professeur à Skema Business School.

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