Né en France, made in the World (L’Opinion)

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Afin de stimuler la production, le FN propose de promulguer une loi «Achetons français». Voilà une occasion de se pencher sur la «nationalité d’un produit», à l’heure de la globalisation.

Disons le tout net : aucun produit n’est fabriqué aujourd’hui à 100% sur un territoire national. Pas même les productions agricoles, qui nécessitent engrais et outils, souvent importés. Bref, un produit fini est toujours une mosaïque de pièces détachées et de tâches, en provenance de plusieurs pays. Ainsi, le Boeing 787, assemblé aux Etats-Unis, incorpore des composants venus de 43 sous-traitants répartis sur 135 sites, implantés aux quatre coins du monde : la France pour les trains d’atterrissage, l’Italie pour une partie du fuselage, le Royaume-Uni pour les moteurs, le Japon pour les toilettes, etc.

Doit-on pour autant considérer que la nationalité d’un produit n’a plus de sens et s’est diluée à tout jamais dans un anonyme «made in World» ? Bien au contraire, pour peu que l’on accepte de redéfinir les contours de cette notion. Le fait qu’un produit soit importé n’est plus un critère pertinent : personne ne considère que la Logan de Renault est marocaine, au motif qu’elle est fabriquée à Tanger. Un critère plus pertinent est celui de la valeur ajoutée. Un produit sera français si l’essentiel de sa valeur a été créée sur notre territoire. Cette définition implique plusieurs conséquences:

– la nationalité d’un produit n’est plus une notion absolue mais relative. Les produits sont plus ou moins français, selon leur degré de valeur ajoutée domestique. On aboutit parfois à des résultats surprenants : ainsi, dans l’automobile, la Toyota Yaris, marque japonaise mais fabriquée à Valenciennes, a reçu le label « Origine France Garantie » puisque 61% de son prix de revient a été acquis en France, au même titre que certains modèles de la marque Peugeot ;

– la délocalisation, notamment des phases d’assemblage, ne remet pas en cause la nationalité d’un produit, si l’essentiel de la création de valeur a été réalisé sur le territoire national. Lorsqu’une chaussure est fabriquée par un donneur d’ordre français en Chine, avant d’être importée, il est probable que sa conception, son design, son marketing auront été effectués en France. Selon une étude du NBT, 50% de la valeur ajoutée d’une chaussure bas de gamme importée en Europe est… européenne et ce chiffre atteint même 80% pour le haut de gamme ;

– nationalité de l’actionnaire et nationalité du produit doivent être bien distinguées. Le fait que l’indien Tata Motors possède depuis 2008 Jaguar et Land Rover ne signifie pas que ces deux marques ont perdu leur ancrage et leur ADN anglais. Bien au contraire, les investissements réalisés par l’actionnaire indien ont permis à ces fleurons de retrouver tout leur éclat et de créer des emplois sur le sol britannique ;

– il est judicieux, lorsque l’on assemble en France, d’importer des composants de pays à bas coûts, pour être plus compétitif à l’exportation. Ce phénomène a été mis en évidence dans la célèbre étude «Made in Sweden» : au cours de la période 1995-2005, alors que les importations augmentaient, la valeur ajoutée des exportations suédoises connaissait aussi une hausse ! Importations et performances à l’exportation sont en réalité intimement liées.

A l’heure de la globalisation, le vrai patriotisme économique ne consiste pas à se replier sur soi mais à utiliser les opportunités offertes par les pays à bas coût pour améliorer sa propre compétitivité et partir à la conquête du vaste monde… avec ses meilleurs atouts.

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