« Miser sur les externats d’excellence » (Le Monde)

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Emmanuel Combe a publié dans Le Monde le 20 Mai 2022 une tribune avec Philippe Aghion sur les externats d’excellence.

 

Et si on misait (aussi) sur les externats d’excellence ?

 Philippe Aghion, Professeur au Collège de France

Emmanuel Combe, Professeur des Universités à Skema Business School

 

A l’heure où s’ouvre un nouveau quinquennat, un enjeu récurrent et structurant pour l’avenir de notre pays est celui de l’éducation. Force est de constater qu’il n’a pas eu  la place qu’il aurait mérité durant la campagne électorale. En particulier, les décideurs politiques se doivent de proposer des solutions innovantes et efficaces pour résoudre la lancinante question des inégalités face à la réussite scolaire. Quelques indices permettent de prendre la mesure du problème. Tout d’abord, les élèves de milieux défavorisés sont cinq fois plus nombreux que ceux des milieux favorisés à ne pas atteindre le niveau minimal en lecture. Ensuite, les 10% d’élèves issus des familles les plus riches ont un niveau à l’écrit qui représente 3 années scolaires d’avance par rapport aux 10 % d’élèves les plus pauvres. Enfin, 20 % des élèves de milieux défavorisés qui obtiennent de bons résultats n’envisagent pas de poursuivre d’études supérieures, contre seulement 7% chez les bon élèves issus de milieu favorisés. Bref, en matière d’inégalités scolaires, nous sommes, avec Israël et le Luxembourg, les champions parmi les pays industrialisés.

Face à cette école inégalitaire, la réponse politique principale a été jusqu’ici d’engager des moyens supplémentaires en faveur des établissements de l’éducation prioritaire. Ce levier a son utilité mais il ne traite pas directement le problème à la racine et dans toute son ampleur : l’avenir des enfants issus de milieux défavorisés se joue aussi en dehors du temps scolaire, dans l’environnement dans lequel ils évoluent. Cela va des conditions dans lesquelles ils peuvent faire –ou ne pas faire- leurs devoirs à la maison à l’accès à la culture, en passant par leurs activités extra-scolaires.

Un premier levier est celui des internats d’excellence, qui s’adressent aux élèves qui expriment le souhait de changer de cadre de vie pour mieux étudier et se donner toutes les chances de réussir.  Cette initiative, née en 2009, a été relancée depuis peu et  300 établissements, pouvant accueillir au moins 30 000 élèves, ont été labellisés.

Mais les internats d’excellence ciblent les collégiens et lycéens et ne s’adressent pas aux enfants dès leur plus jeune âge, pour des raisons bien évidentes : on voit mal des parents accepter de laisser partir de très jeunes enfants en internat. De plus, les internats d’excellence, s’ils montent en puissance, seront limités par les contraintes de capacités. Dès lors, une piste intéressante consisterait à développer, en complément des internats d’excellence, des externats d’excellence pour les plus jeunes défavorisés.  Concrètement, cela revient à élargir leur journée scolaire : le petit déjeuner serait par exemple pris sur place ; les devoirs seraient obligatoirement faits à l’école, après le temps de cours et sous la supervision d’un professeur ; des règles de vie strictes seraient appliquées et des activités sportives et culturelles obligatoires organisées. Bien entendu, la contrepartie pour les professeurs serait une meilleure rémunération.

A cet égard, il est intéressant d’observer l’expérience des « no excuse charter schools », lancées dans les années 1990 aux Etats-Unis et dans d’autres pays. Il s’agit d’écoles publiques dans lesquelles se rendent chaque matin les élèves de milieux défavorisés, et ce dès leur plus jeune âge, avec une journée scolaire prolongée et un code de conduite strict. Ainsi, dans la ville de New York, les charter schools se traduisent par 12 jours de présence en plus par an et 90 minutes de plus par jour, par rapport aux autres écoles. Plusieurs études empiriques – et notamment celles d’Hoxby & Murarka (Stanford) et du prix Nobel d’économie Angrist (MIT) – ont montré que ce type d’établissement améliorait les résultats scolaires des élèves, notamment en mathématiques, et tout particulièrement chez les plus défavorisés.

Miser sur les externats d’excellence nous semble constituer un bon compromis entre le jeune âge des élèves et la nécessité de les mettre dans un environnement de réussite scolaire aussi large que possible. Ce système d’externat présente également l’avantage d’être duplicable sur une grande échelle, à la mesure du problème. Les externats d’excellence ne sont sans doute pas la recette miracle à notre système éducatif inégalitaire. Mais, ils constituent une piste qui mériterait d’être sérieusement analysée.

 

 

 

 

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