Marché du travail : on dirait (un peu) le Sud (L’Opinion)

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Alors que le gouvernement s’apprête à ouvrir la boîte de Pandore de la réforme du Code du travail, il n’est pas inutile de revenir sur quelques caractéristiques de notre marché du travail, qui ressemble à celui… des pays du sud de l’Europe.

Le premier point commun qui vient à l’esprit est le niveau élevé du chômage : avec un taux supérieur à 10 % – la moyenne de l’OCDE est de 7 % –, notre pays n’est pas très loin de l’Italie (12 %) ou du Portugal (11 %), sans atteindre les records espagnol (22 %) ou grec (25 %). Ce taux élevé est aussi persistant : au cours des dix dernières années, il n’est jamais passé sous la barre des 8 %. Comme au Portugal, en Grèce ou en Espagne, le chômage de masse constitue en France un phénomène durable et témoigne d’une certaine « préférence pour le chômage ».

Autre similitude : l’importance du chômage des jeunes, qui tutoie les 25 %. Nous sommes encore loin de la situation grecque ou espagnole (50 %), mais notre taux est largement au-dessus de la moyenne de l’OCDE (14 %) et contraste avec des pays comme l’Allemagne (7 %) ou le Royaume-Uni (15 %). Notre niveau du chômage des jeunes reflète les défaillances de notre système éducatif, tout comme une certaine préférence pour les situations acquises.

Mais la similitude la plus frappante concerne le « taux de chômage de longue durée », le pourcentage de chômeurs sans emploi depuis un an ou plus. Il touche principalement les pays du sud de l’Europe, le record étant détenu par la Grèce (73 %). La France n’est pas en reste, avec un taux de 42 %, au-dessus de la moyenne de l’OCDE (35 %) et proche de celui observé en Espagne, Portugal et Italie. Lorsque ce taux est faible, cela signifie que les chômeurs ne sont pas les mêmes d’une période sur l’autre : nous sommes alors sur un « marché de flux », avec des entrées fréquentes au chômage et des sorties rapides. Le marché du travail s’adapte vite aux turbulences de l’économie et aux besoins des entreprises. Le licenciement est assez aisé, tout comme l’embauche. Ce marché du travail est celui des pays anglo-saxons : le chômage de longue durée y est de 23 % aux Etats-Unis, de 15 % au Canada. Ce marché est aussi celui des pays nordiques, qui ont réussi à allier flexibilité de l’emploi et protection des salariés. Au Danemark, le chômage de longue durée ne dépasse pas 25 % et descend même à 12 % en Norvège ; le chômage s’y apparente à un « mauvais passage » entre deux emplois.

A l’inverse, un fort chômage de longue durée signifie que les chances d’entrer au chômage sont certes plus faibles mais qu’une fois au chômage, les personnes ont peu de chances d’en sortir vite : nous sommes en présence d’un « marché de stock ». Pour le salarié, le chômage est vécu comme un drame : plus le temps passe, plus les chances de retrouver un emploi stable s’éloignent, tandis que les compétences se dégradent. Les ajustements aux besoins des entreprises et aux mutations de l’économie se font au travers de l’intérim ou des CDD.

Un taux de chômage élevé et persistant, dont il est difficile de sortir et qui touche les jeunes : voilà le sombre tableau du marché du travail en France et dans le sud de l’Europe. Et si la réforme du Code du travail était pour nous l’occasion de quitter le Sud pour ressembler demain à un pays du Nord, à défaut de devenir un pays nordique ?

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