“Le vaccin ? c’est pour les autres” (L’Opinion)

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Emmanuel Combe a publié le 28 Juillet 2021 une chronique sur la vaccination contre le Covid-19.

 

Le vaccin ? c’est pour les autres

 

Si l’on en croit un récent sondage, 16% des Français n’auraient pas « l’intention de se faire vacciner ». Les motivations d’un tel refus sont nombreuses et hétérogènes. Certaines personnes sont opposées par principe à toute mesure portée par Emmanuel Macron tandis que d’autres pointent du doigt le manque de recul sur les effets secondaires du vaccin. La catégorie socio-professionnelle et l’âge des personnes semblent également jouer un rôle déterminant. Dans ce faisceau de causes multiples, il est probable que les facteurs psychologiques et comportementaux entrent également en jeu.

Tout d’abord, il est possible que certaines personnes qui refusent de se faire vacciner soient victimes de biais psychologiques assez connus.

Premier biais, le biais de « surconfiance ». Bien connu en finance, il consiste à croire en sa bonne étoile et à surestimer sa capacité à faire face à un évènement indésirable. Dans le cas du Covid, l’individu va avoir tendance à considérer que le Covid, c’est pour les autres et qu’il pourra y échapper.

Second biais, le biais de « disponibilité ». Il consiste à ce qu’un individu considère un évènement rare comme étant inexistant. Ce biais s’applique assez bien à la lutte contre le Covid-19 : en dépit des nombreux décès du virus, peu de personnes – à l’exception des personnels soignants- sont en contact quotidien avec des malades atteintes gravement par le virus. Les individus vont donc considérer que la probabilité objective d’être gravement malade est égale à zéro.

Troisième biais : le biais de « statu quo ». Il consiste à remettre à demain ce qui pourrait être fait aujourd’hui. Nous avons tous une préférence pour l’instant présent et repoussons à demain les décisions désagréables. Ce biais explique tout particulièrement le comportement des indécis, qui ne sont pas opposés par principe à la vaccination, mais y voient une contrainte à court terme : prendre rendez-vous et se déplacer, courir le risque d’être fatigué durant quelques jours, etc. Le biais de statu quo conduit à procrastiner.

Au-delà de ces biais psychologiques, on peut trouver également chez certains individus, un comportement bien connu en économie de « free riding ». Il consiste à laisser les autres supporter l’effort, sans y participer soi-même. Ce comportement est parfaitement rationnel d’un point de vue strictement individuel : si tous les Français se font vacciner, la meilleure stratégie pour un individu est de ne pas le faire. En effet, l’immunité collective sera atteinte, sans que l’individu ait besoin de se faire vacciner. Le problème de ce comportement est qu’il repose sur une hypothèse hasardeuse : celle selon laquelle tous les Français ne se comporteront pas également en « free rider ». Si tout le monde adopte le même comportement que notre individu rationnel, on arrive à la situation la pire : personne n’est vacciné puisque chacun compte sur l’effort des autres. La somme des rationalités individuelles conduit à un résultat inefficace. Cette situation est bien connue en théorie des jeux, avec le célèbre « dilemme du prisonnier » : les intérêts de chacun conduisent à la pire solution collective. Une manière d’en sortir est d’instaurer une forme de … coercition, en plus de la nécessaire pédagogie.

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