« Le pouvoir d’achat ne se décrète pas, il se construit » (Les Échos)

Emmanuel Combe a publié une chronique dans Les Échos le 2 Septembre 2026.

 

Le pouvoir d’achat ne se décrète pas, il se construit 

Les sondages se succèdent et se ressemblent : le pouvoir d’achat reste invariablement la première préoccupation des Français. Pour répondre à cette attente, les décideurs politiques – tout particulièrement à l’heure d’une échéance présidentielle décisive- n’hésitent pas à faire de nombreuses promesses : augmentation du SMIC, baisse sélective de la TVA, chèques essence, etc. Si ces mesures ont le mérite d’être visibles, elles sont d’une efficacité limitée sur le long terme. La raison en est simple :  l’augmentation du pouvoir d’achat ne se décrète pas. Elle se construit dans le temps, au travers de deux leviers principaux : la hausse des revenus et les baisses de prix.

Pour ce qui est des revenus, la hausse du pouvoir d’achat passe tout d’abord par des gains de productivité, qui permettent d’augmenter durablement les salaires. Les gains de productivité ne tombent pas du ciel : ils résultent de politiques d’investissement en capital humain afin de rendre les salariés plus efficaces et de mieux diffuser l’usage des nouvelles technologies. La hausse du pouvoir passe également par l’augmentation du taux d’emploi, afin de créer des revenus supplémentaires. Rappelons que le taux d’emploi des 15/64 ans se situe à 69% en France, soit 6 points en dessous de celui de l’Allemagne. Si notre pays portait son taux d’emploi à 75%, il compterait 3 millions d’actifs supplémentaires. En prenant un salaire médian de 2 100 euros nets par mois, cela représenterait une augmentation durable de la masse salariale de 75 milliards d’euros par an ! Augmenter le taux d’emploi suppose de mener des politiques actives, notamment pour mieux insérer les jeunes sur le marché du travail.

Pour ce qui est des prix, il existe un moyen éprouvé de les faire baisser : la concurrence. A nouveau, l’intensité de la concurrence sur les marchés ne tombe pas du ciel : elle dépend en partie des choix de politiques publiques. Premier exemple :  lutter davantage contre les cartels et abus de position dominante permettrait de redonner du pouvoir d’achat aux consommateurs. Ainsi, au cours de la période 2011/2023, l’action de l’Autorité de la concurrence a généré chaque année 1,57 milliard d’euros de gains pour la collectivité, pour un budget annuel de fonctionnement de… 24 millions d’euros. Chaque euro consacré à la politique de concurrence a donc rapporté 65 fois ce qu’il a coûté aux finances publiques. Un investisseur avisé conclurait logiquement qu’il faut augmenter les ressources dédiées à la lutte contre les pratiques anti-concurrentielles. Second exemple :  faciliter la transparence sur les prix des produits du quotidien permettrait aux consommateurs de mieux faire jouer la concurrence. A cet égard, on peut constater qu’il est encore difficile de comparer en temps réel le prix des produits entre deux supermarchés, pourtant voisins, sauf à se déplacer physiquement. Ce manque de transparence limite la concurrence entre les enseignes. Une politique simple consisterait à rendre obligatoire l’affichage sur internet des prix dans la grande distribution, afin de permettre l’émergence de comparateurs. L’expérience israélienne montre qu’une telle transparence a entraîné une baisse moyenne des prix de 4 à 5 %.

À l’heure où les marges de manœuvre budgétaires sont devenues extrêmement limitées, il est temps de rappeler une évidence économique : le pouvoir d’achat ne se décrète pas. Il se construit, patiemment, grâce à des politiques publiques qui favorisent à la fois la création de richesse et le bon fonctionnement concurrentiel des marchés.

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