Laissez faire, laissez entrer (L’Opinion)

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L’entrée de nouveaux concurrents sur un marché est souvent plébiscitée au nom du pouvoir d’achat. Il est vrai que l’irruption des compagnies low cost dans l’aérien ou celle de Free dans la téléphonie mobile a conduit à de spectaculaires baisses de prix, y compris chez les acteurs installés. Mais les bénéfices d’une nouvelle concurrence ne se réduisent pas à cette dimension monétaire, aussi importante soit-elle.

L’arrivée de nouveaux acteurs permet également de diversifier l’offre, en proposant aux clients d’autres manières de produire et de faire. Ainsi, des auto-écoles en ligne comme Ornikar ou En Voiture Simonen’ont pas seulement pour vertu de soulager le portefeuille des jeunes et de leurs parents : elles modifient profondément la relation entre l’enseignant et son élève. En effet, grâce à Internet, le client peut choisir son moniteur, lequel opère le plus souvent en indépendant : les horaires de cours deviennent fonction des contraintes de l’élève, qui peut sélectionner l’enseignant le mieux adapté à ses attentes. Le système d’évaluation des moniteurs accroît aussi la transparence de la relation et incite à un service de qualité, réputation oblige. De même, l’ouverture de pharmacies en ligne permet non seulement de mieux comparer les prix, mais aussi d’élargir les plages horaires et jours d’ouverture, de faciliter l’accès aux médicaments sans ordonnance pour les patients isolés, sans renoncer pour autant au contrôle d’un diplômé en pharmacie.

Valeur ajoutée. Mais l’entrée de nouveaux acteurs sur le marché a une vertu encore plus fondamentale : elle oblige les opérateurs installés à se questionner, à mieux justifier leur raison d’être et leur valeur ajoutée, sous peine de voir les clients tourner progressivement les talons. Ainsi, dans le transport individuel de personnes, la première vertu d’Uber aura été d’obliger les taxis parisiens à remettre le client au centre de leurs préoccupations. La bouteille d’eau et les bonbons, la porte (parfois) ouverte, une politesse retrouvée : toutes ces petites attentions ne sont pas tombées du ciel ; elles sont en réalité les enfants d’Uber ! Bref, la concurrence est un formidable aiguillon naturel, bien plus efficace et durable que toutes les chartes et manuels sur la qualité.

Voilà pourquoi les réglementations sectorielles – si elles restent nécessaires — doivent être régulièrement « toilettées », pour ne pas brider inutilement l’entrée de nouveaux modèles économiques. A cet égard, on peut s’interroger, dans le cas des auto-écoles, sur le maintien de l’obligation consistant à disposer d’un local d’au moins 25 m2… dans chaque département : en quoi cette contrainte garantirait-elle une meilleure qualité de formation à la conduite ? Elle limite en revanche le développement d’auto-écoles en ligne, qui par nature peuvent opérer au niveau national. De même, dans la vente en ligne de médicaments sans ordonnance, est-il vraiment nécessaire d’imposer l’adossement d’un site à une officine physique, dès lors que la présence d’un diplômé en pharmacie, vrai gage de qualité, est imposée ?

En conservant des barrières réglementaires inadaptées ou disproportionnées, les pouvoirs publics préservent certes – mais pour combien de temps ? – les équilibres établis. Mais le statu quo a un coût : il prive les consommateurs d’une meilleure qualité de service et les producteurs d’une saine émulation.

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