Investisseurs : bienvenue en France ! (L’Opinion)

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A l’heure où le gouvernement entend privilégier une solution européenne dans le dossier Dailymotion, est-il légitime de s’inquiéter de la nationalité d’un actionnaire privé ? Oui, lorsque les activités rachetées peuvent porter atteinte à la sécurité publique ou la défense nationale : il est alors légitime que l’Etat exerce son droit de regard. Mais lorsque la définition des « secteurs stratégiques » devient trop large et floue, alors l’interventionnisme étatique, même drapé dans les oripeaux du « patriotisme économique », devient problématique.

Tout d’abord, nous courrons le risque d’un « effet boomerang » : si nous refusons à certains pays étrangers le droit de racheter nos entreprises, pourquoi ne feraient-ils pas de même avec nous ? Nous avons beaucoup à perdre : les entreprises françaises sont particulièrement conquérantes hors de nos frontières.

Ensuite, une politique imprévisible en matière d’investissements étrangers détournera de notre territoire de nouveaux opérateurs qui préféreront s’implanter dans des pays limitrophes par crainte d’une réaction hostile de nos décideurs publics.

Enfin, nous risquons de laisser nos entreprises s’endormir sur leurs lauriers et prendre ainsi un coupable retard dans la compétition économique et technologique. Ce risque n’a rien de théorique : une étude sur le cas américain a montré que dans les Etats où existent des lois empêchant les rachats hostiles, la rentabilité des entreprises s’est réduite de manière significative, à cause d’une dérive des coûts de production et d’une protection injustifiée des managers.

Cet interventionnisme sélectif donne le sentiment que nous discriminons les investisseurs selon leur nationalité : en quoi le fait qu’une entreprise française soit désormais détenue par un actionnaire chinois ou brésilien influerait-il négativement sur ses performances ? Rien ne permet de l’affirmer. On nous objectera que le rachat d’une entreprise peut conduire le nouvel actionnaire à modifier la localisation des centres de décision, des usines et donc des emplois, hors de notre territoire. Mais il n’y a aucune fatalité à la délocalisation : lorsque l’américain Quicksilver a racheté le leader français du ski Rossignol, les activités ont été regroupées en France et le nouvel actionnaire suédois a poursuivi ce travail de « relocalisation » en Savoie.

Au lieu de vouloir empêcher les étrangers de racheter nos entreprises, demandons-nous comment leur donner envie d’investir chez nous pour améliorer notre productivité, injecter de l’argent frais dans notre économie et créer de la richesse et des emplois… sur notre territoire. La réponse est assez simple : en étant attractif à leurs yeux, par nos compétences et nos savoir-faire. Regardons ce qu’ont fait les Anglais dans l’automobile : alors que leur industrie était moribonde, ils n’ont pas hésité en 2008 à laisser l’Indien Tata Motors racheter leurs fleurons Jaguar et Land Rover, tandis que Volkswagen s’emparait de Bentley et BMW de Mini. Résultat : après un énorme travail de montée en gamme et de restructuration, le Royaume-Uni est redevenu un producteur de premier plan, avec 1,5 million de voitures fabriquées sur son sol et exportées à 75 %. La reine Elizabeth ne s’y est pas trompée : elle est venue en personne inaugurer en 2014 une nouvelle usine de moteurs Jaguar, qui emploiera 1 400 personnes et créera 4 000 emplois indirects. Pas en Inde : dans l’ouest de l’Angleterre.

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