“Difficiles réformes concurrentielles” (L’Opinion)

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Paris, le 23 janvier 2008. Palais de l'Elysée. Remise officielle du rapport Attali sur la "libération de la croissance", au Président de la République, Nicolas Sarkozy (G) par Jacques Attali (D), économiste et écrivain français. COMMANDE N° 2008-0108

Emmanuel Combe a publié le 31 Août 2021 une chronique dans L’Opinion sur les réformes en faveur de la concurrence.

 

Difficiles réformes concurrentielles

 

Le Conseil constitutionnel vient de valider  l’ouverture à la concurrence des pièces détachées automobiles visibles à partir du 1er janvier 2023, disposition prévue par la loi Climat et résilience. Ce sujet constituait un véritable serpent de mer sur lequel l’Autorité de la concurrence avait attiré l’attention des pouvoirs publics … dès 2012. Il aura donc fallu attendre pas moins de 9 ans pour qu’une telle réforme voit le jour. Ce décalage temporel n’a en réalité rien de surprenant : il illustre la difficulté de mener des réformes pro-concurrentielles.

Pour s’en convaincre, il suffit de se pencher sur les 20 dernières années en France : à l’exception des réformes concurrentielles impulsées par l’Europe, celles menées au niveau interne se comptent sur les doigts de la main. Mentionnons la période 2007-2008, avec le trio Chatel-Lagarde-Novelli à Bercy qui a fait bouger les lignes sur la portabilité du numéro de téléphone mobile, la libéralisation de l’urbanisme commercial ou bien encore la création du régime des VTC. De même, en 2015, ce sera le moment Macron avec notamment la libéralisation du transport par autocar et la réforme des professions du droit. Depuis, plus rien ou presque.

Une telle timidité s’explique assez bien en termes d’économie politique : toute réforme en faveur de la concurrence entraîne des effets redistributifs, en faisant des gagnants et des perdants, même si l’impact global sur la collectivité est largement positif.

Du côté des gagnants, on trouve les nouveaux entrants, qui ne sont pas encore très visibles médiatiquement ; on trouve aussi les consommateurs, qui n’ont pas conscience du montant total des gains de pouvoir d’achat et d’amélioration de la qualité résultant d’un renforcement de la concurrence, dans la mesure où ces gains sont répartis sur des millions de clients. De surcroît, les consommateurs ne constituent pas un groupe organisé, capable de peser dans la décision publique, justement parce qu’ils sont trop nombreux.

Du côté des perdants, on trouve les opérateurs installés qui vont voir leur rémunération diminuer. Ils vont invoquer le spectre tangible de licenciements, avec ses conséquences sociales dramatiques au niveau local. Leur poids et leur influence sont marqués, dans la mesure où ils sont déjà sur le marché et connus de tous. Ils disposent également d’une connaissance plus fine des rouages de la décision politique et sont rompus au lobbying auprès des pouvoirs publics. Lorsqu’ils sont peu nombreux, ils sont en mesure d’organiser une action collective efficace : le « paradoxe d’Olson » nous rappelle que les groupes de petite taille se mobilisent plus facilement que les grands.

Cette asymétrie entre la voix des gagnants et celle des perdants constitue le principal obstacle politique à toute réforme concurrentielle. Pour le surmonter, il est donc nécessaire de communiquer largement sur les gains de ces réformes pour l’ensemble de la collectivité, au-delà des intérêts catégoriels. Ainsi, en est-il par exemple de la réforme du permis de conduire : renforcer la concurrence ne permettra pas seulement de faire baisser le prix du permis ; cela permettra surtout de diminuer les délais d’attente pour passer l’examen pratique et de faciliter ainsi l’accès des jeunes … au marché du travail. Ils sont aujourd’hui, crise sanitaire oblige, plus de 300 000 à attendre leur précieux sésame.

 

 

 

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