« Cop 27 : 5 obstacles structurels à un accord » (L’Opinion)

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Emmanuel Combe a publié une chronique sur les négociations climatiques dans L’Opinion le 21 Novembre 2022.

 

Cop 27 : 5 obstacles structurels à un accord

 

A l’heure où près de 200 pays sont réunis à Charm el-Cheikh pour avancer dans la lutte contre le réchauffement climatique, la tonalité dominante est au pessimisme. Au-delà du contexte géopolitique actuel, plusieurs facteurs structurels expliquent pourquoi il est si difficile d’aboutir collectivement à des engagements ambitieux en matière climatique.

La première raison tient à la nature même du sujet : comme l’engagement d’un pays profite à tous les autres, cela favorise les comportements de « passager clandestin ». Pire encore, le pays qui est trop vertueux risque d’être pénalisé, notamment via un phénomène de fuite de carbone : comme il produit « vert », ses coûts de production vont augmenter, ce qui va conduire à des délocalisations d’activité vers des pays laxistes en matière environnementale.

La seconde raison relève de l’économie politique : lutter contre le réchauffement climatique est coûteux aujourd’hui alors que les gains profiteront aux générations futures. Le décideur politique sait donc qu’il travaille au profit de ses successeurs et d’électeurs qui ne sont pas encore nés. Il risque donc d’avoir un biais en faveur des générations présentes, qui votent aujourd’hui.

La troisième raison relève de la dynamique de la négociation : le pays qui ne prend pas d’engagements climatiques aujourd’hui, alors que les autres en prennent, sait qu’il disposera  d’un pouvoir de négociation plus fort demain. Il pourra en effet monnayer plus cher son ralliement à la coalition des pays vertueux. Cette situation  de « waiting game » est propice aux comportements d’attentisme.

La quatrième raison est qu’il est difficile de parvenir à un accord dans la mesure où les pays n’ont pas la même responsabilité dans le réchauffement climatique. Tous les pays ne contribuent pas en effet dans les mêmes proportions aux émissions de C02, que ce soit en valeur absolue ou par habitant. Par exemple, des pays comme la Chine ou les Etats-Unis sont de grands émetteurs de CO2. A l’inverse, les pays les moins développés, qui représentent 14% de la population mondiale contribuent seulement pour 4% aux émissions.

La dernière raison tient au fait que tous les pays ne seront pas affectés de la même manière par le réchauffement climatique. Tout d’abord, les catastrophes naturelles à venir, liés à des événements météorologiques extrêmes tels que des cyclones tropicaux, la désertification ou l’élévation du niveau de la mer, vont surtout affecter les pays pauvres. Mais surtout, le réchauffement climatique ne va pas avoir le même impact sur l’activité économique des pays. En effet, plusieurs études empiriques ont montré que l’impact de la température sur la productivité d’un pays n’était pas linéaire. La relation prend plutôt la forme d’une courbe en U inversé : dans un pays très froid, le réchauffement climatique va doper la productivité ; à l’inverse, dans un pays très chaud, une hausse de la température réduit la productivité, surtout si la température de départ est déjà élevée. Dit en d’autres termes, pour que la productivité soit maximale, il ne doit faire ni trop froid, ni trop chaud. Les pays les plus pauvres, qui sont souvent des pays du Sud, seront donc les premiers à payer la facture économique du réchauffement climatique. Tout accord global sur le climat suppose donc de fortes compensations financières du Nord vers le Sud.

 

 

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