Concurrence vraiment déloyale ? (L’Opinion)

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Notion juridique au départ, qui s’applique à des situations bien précises telles que le dénigrement, la «concurrence déloyale» est devenue aujourd’hui le maître-mot de ceux qui dénoncent les méfaits supposés de la mondialisation ou des nouveaux modèles économiques. Deux phénomènes qui viennent rompre les équilibres établis et déstabiliser les opérateurs installés. Mais où commence et où s’arrête la concurrence déloyale ?

Lorsqu’un nouvel acteur opère sur le sol européen au mépris des règles communautaires qui s’imposent à tous, on peut à juste titre parler de «concurrence déloyale». Tel est le cas d’une entreprise qui parvient à échapper à l’impôt alors qu’elle est implantée dans l’Union européenne : à cet égard, la récente décision de la Commission à l’encontre de Starbuck et Fiat est venue rappeler que des avantages fiscaux sélectifs devaient être considérés comme… des aides d’Etat illégales. De même, une entreprise qui parvient à baisser ses prix au seul motif qu’elle viole le droit du travail ou de la consommation en Europe, bénéficie d’un avantage indu par rapport à ses concurrents.

Mais a contrario, il est problématique de parler de «concurrence déloyale» lorsqu’une entreprise non européenne exporte chez nous ses produits à des prix bas, simplement parce que les conditions de production dans son pays sont avantageuses. En effet, cela revient à considérer qu’il est illégitime pour un pays en développement ou émergent de tirer parti de son principal avantage comparatif. Notre propre coût de production ne doit pas devenir la mesure de toute chose, sauf à considérer comme «déloyal» tout opérateur étranger ayant un coût inférieur au nôtre! Doit-on reprocher à un producteur chinois le fait que les salaires soient plus faibles à Pékin qu’en Europe ? Peut-on reprocher aux compagnies du Golfe de bénéficier dans leurs pays d’origine d’un pétrole à bas prix ? Les pays «à bas coût» seraient d’ailleurs fondés à nous retourner l’argument, en invoquant la «concurrence déloyale» de nos entreprises qui exportent chez eux grâce… à notre avantage comparatif dans la technologie.

De la même manière, invoquer la «concurrence déloyale» à chaque fois qu’un nouvel acteur est plus efficace ou différent de ceux déjà sur le marché, revient à vider la notion de concurrence de toute substance. La concurrence ne signifie pas que les opérateurs doivent être identiques, c’est-à-dire opérer avec les mêmes coûts ou les mêmes modèles. Prenons l’exemple des compagnies low cost : il est simpliste de considérer que leur performance repose d’abord sur une violation supposée des règles du jeu, que ce soit fiscales ou sociales. Si tel était le cas, une compagnie comme Transavia France, qui n’a jamais poser problème au regard des règles communautaires, ne devrait pas afficher un coût au siège aussi compétitif. En réalité, la force des low cost réside d’abord dans leur grande efficacité opérationnelle.

N’oublions pas que le terme «concurrence» se dit en anglais «competition» : dans une compétition sportive, on ne demande pas aux joueurs de jouer de la même manière mais de respecter les mêmes règles du jeu. Les exploits d’un Lionel Messi ne relèvent pas de la concurrence déloyale mais… du talent, c’est-à-dire de la concurrence par les mérites. Toute différence, toute efficacité supérieure ne doit pas être considérée comme de la concurrence déloyale!

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