« Changer nos licornes en géants » (Les Echos)

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Emmanuel Combe a publié le 31 Janvier 2022 une chronique sur les licornes dans Les Echos.

Après les licornes, les nouveaux géants

 

Et de 26 ! La France compte depuis la semaine dernière 26 licornes, après la levée de fond réussie de Spendesk. Le chemin parcouru par la FrenchTech en trois ans est assez impressionnant : songeons que notre pays comptait seulement 5 licornes en 2018 et se retrouve aujourd’hui à la seconde place en Europe par le nombre, juste derrière le Royaume-Uni.

On ne peut que se réjouir de ce dynamisme entrepreneurial, qui envoie un message d’optimisme fort sur la capacité de notre pays à se projeter dans l’avenir. Mais ne nous arrêtons pas à ce premier succès : avoir un grand nombre de licornes ne doit pas constituer un objectif en soi. L’objectif ultime est de les transformer rapidement en nouveaux géants. Par exemple, si l’on prend le cas de la Suède, ce pays ne compte certes « que » 13 licornes, mais leur valorisation cumulée dépasse les 150 milliards de dollars, grâce au succès d’une entreprise comme Spotify. Ce leader du streaming musical compte 400 millions d’utilisateurs dont plus de 180 millions payants ! La clé de sa croissance a résidé dans sa capacité à dépasser très vite les frontières de son propre pays pour partir à la conquête du Monde : Outre l’Europe, Spotify couvre aujourd’hui de nombreux pays en Amérique, Asie et Afrique et fait jeu égal géographiquement avec son concurrent Apple Music.

L’enjeu de demain est que certaines  licornes françaises puissent grandir très vite, pour devenir des « décacornes », ces start-up valorisées plus de 10 milliards de dollars. Pourquoi est-ce si important ? La réponse à cette question est à rechercher du côté de la macroéconomie. En effet, la croissance d’un pays comme la France provient pour l’essentiel de notre capacité à générer des gains de productivité. Ces derniers résultent d’abord de l’entrée de nouvelles entreprises à forte croissance : ainsi, selon une étude de la DG Trésor, l’effet schumpétérien de destruction créatrice, par lequel de nouveaux opérateurs viennent remplacer des entreprises installées, expliquerait les deux tiers des gains de productivité en France au cours de la période 2011-2017. Un tel phénomène a une double explication. Tout d’abord, les nouvelles entreprises ont une incitation plus forte à lancer des innovations de rupture, à forts gains de productivité, puisqu’elles ne craignent pas de cannibaliser leurs ventes existantes. De plus, les start-up partent d’une page blanche et n’ont pas à subir les contraintes d’une longue histoire, ce qui les rend plus agiles et audacieuses.

Reste à savoir comment transformer rapidement nos licornes en nouveaux géants. Les leviers de politique publique sont multiples et relèvent pour l’essentiel de réformes structurelles : une plus grande intégration en Europe des marchés de capitaux, de biens et services,  une plus forte mobilité du facteur travail entre les entreprises et géographiquement, mais aussi un assouplissement des réglementations sectorielles qui limitent l’accès au marché.  Sur ce dernier point, la France dispose encore de marges de manœuvre : si l’on en croit l’indicateur « product market regulation » de l’OCDE, notre pays affiche un niveau de réglementations restrictives élevé dans certaines activités comme la vente au détail ou certaines professions libérales.

Quelles que soient les mesures envisagées, la question de la transformation rapide de nos licornes en géants n’est pas un sujet pour geeks : c’est d’abord et surtout un enjeu majeur de croissance économique pour notre pays.

 

 

 

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