Baisse de l’euro : du miracle au mirage (L’Opinion)

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Il y a un an, alors que l’euro tutoyait 1,40 dollar, nombre de décideurs politiques français réclamaient une baisse de la monnaie européenne, pour redonner du souffle à notre commerce extérieur. Le FN a même fait de la dévaluation, cousin jumeau de la dépréciation, un argument phare de son programme, si la France venait à sortir de la zone euro. Avec une belle histoire à la clé : si nous dévaluons, nous vendrons moins cher, ce qui stimulera nos exportations et améliorera notre balance commerciale. Si le premier vœu a été exaucé, ne nous faisons aucune illusion sur la suite de l’histoire.

En premier lieu, la dépréciation/dévaluation joue dans les deux sens : sur les exportations mais aussi sur les importations, dont le prix se trouve renchéri. Coup de chance : cela ne se voit pas trop en ce moment sur des produits comme l’essence, compte tenu de la faiblesse du cours des matières premières et du pétrole. Mais n’oublions pas que dévaluer une monnaie, c’est toujours taxer les ménages et diminuer sans le dire leur pouvoir d’achat.

En second lieu, les effets positifs d’une dépreciation/dévaluation ne sont jamais immédiats. Quand une monnaie se déprécie, les effets prix à l’exportation et à l’importation jouent très vite, tandis que les effets sur les volumes – reprise des exportations et diminution des importations – sont plus lents à se concrétiser. En effet, les clients étrangers ne vont pas réagir instantanément à la baisse du prix en devises des produits français ; du côté des exportateurs, augmenter la production peut prendre du temps. On peut arriver à une situation paradoxale, dans laquelle la dépréciation, loin d’améliorer la balance commerciale, va dans un premier temps la dégrader, si les effets prix l’emportent sur les effets quantités : c’est la fameuse « courbe en J » que la France a vécu entre 1981 et 1983, au travers de trois dévaluations successives qui ont juste creusé notre déficit commercial.

En troisième lieu, la dépréciation de la monnaie unique vaut pour tous les pays de la zone euro, qui se trouvent être aussi nos principaux concurrents à l’exportation sur les marchés tiers. N’oublions pas aussi que notre déficit commercial avec les pays de la zone euro est de l’ordre de 40 milliards – soit bien plus qu’avec la Chine ou les Etats-Unis – et qu’il ne sera donc pas affecté par une dépréciation de l’euro.

En quatrième lieu, lorsque nous commerçons hors de la zone euro – 40 % de nos exportations – le dollar n’est pas toujours la monnaie de référence : par exemple, nous exportons beaucoup vers le Royaume-Uni et le taux de change pertinent est alors celui avec la livre sterling. Qui plus est, les pays hors zone euro, et notamment les pays émergents, pourraient réagir à une forte dépréciation de l’euro en laissant à leur tour filer leur taux de change : on entrerait alors dans un scénario non coopératif de guerre des monnaies.

Bref, la dépréciation/dévaluation ne sera pas le remède miracle dont rêvent certains, mais au mieux une bouffée d’oxygène transitoire : en matière de taux de change, les miracles n’existent pas. Trop miser sur la dépréciation/dévaluation revient à s’enfermer dans une spirale de compétitivité par le bas, qui nous rend dépendant de nos coûts, alors que notre ambition doit être de monter en gamme et en qualité toutes nos productions pour échapper à la concurrence par les prix et aux fluctuations du taux de change. Cette ambition porte un nom : la compétitivité hors-prix.

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