“Après le Covid : qui fera les devoirs des enfants ?” (L’Opinion)

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Emmanuel Combe a publié le 19 Août une chronique dans L’Opinion sur les effets du confinement sur la répartition des tâches ménagères au sein des couples.

 

Après le Covid : qui fera les devoirs des enfants ?

 

Une récente étude de la DG Trésor est venu confirmer, chiffres à l’appui, ce que l’on pressentait déjà : le confinement pour tous n’aura pas été le même pour tous. Le cas de la répartition des tâches ménagères et éducatives entre hommes et femmes est à cet égard révélateur. L’étude nous montre que 70% des femmes ont supervisé quotidiennement le travail de leurs enfants pendant le confinement, contre seulement 32% des hommes. A vrai dire, ces chiffres ne sont guère surprenants : on sait qu’en temps normal les femmes réalisent déjà en moyenne deux heures de plus par jour de « travail non payé » que les hommes, pour reprendre l’expression de l’OCDE.

La question de l’inégale répartition des tâches au sein du foyer familial est importante dans la mesure où elle rejaillit sur les inégalités homme/femme sur le marché du travail. En effet, les travaux récents en économie du travail montrent que l’écart de salaire (pour un même niveau de diplôme) et de trajectoire professionnelle entre hommes et femmes s’explique en grande partie par le fait d’avoir des enfants. Face à la perspective de devoir faire une « double journée », les femmes ont tendance à privilégier des emplois à temps partiel, voire à interrompre temporairement leur carrière, ou à s’orienter vers des secteurs ou des professions qui offrent des conditions plus adaptées aux charges familiales mais moins rémunératrices. Les inégalités homme/femme au travail prennent finalement leurs racines dans le « hors travail ».

Faut-il pour autant désespérer de la situation ? Une autre étude économique, publiée par le célèbre NBER vient apporter une lueur d’espoir. Sur la base de données statistiques recueillies pendant le confinement aux Etats-Unis, les auteurs de l’étude montrent que deux faits nouveaux pourraient changer demain la donne. Tout d’abord, de nombreux employeurs ont opté pour une organisation du travail plus flexible et à distance, en particulier avec le télétravail. L’étude montre que les hommes en couple avec enfants se sont beaucoup plus investis dans l’éducation de leur progéniture lorsqu’ils étaient en télétravail : en moyenne 6 heures par semaine, contre 4 heures pour ceux qui n’étaient pas en télétravail, soit un écart notable de 50%. Si ce type d’organisation du travail venait à perdurer après la crise sanitaire, le rééquilibrage (partiel) du temps consacré aux enfants à l’intérieur du couple pourrait avoir un impact positif sur la trajectoire professionnelle d’une partie des femmes. Mais surtout, de nombreuses femmes ont joué les premiers rôles sur le front sanitaire durant la crise du Covid-19 : on songe tout particulièrement au corps médical, composé à 85% de femmes ou aux caissières dans les magasins. L’étude montre qu’aux Etats-Unis, 9% des couples sont composés d’une femme dont le métier peut être considéré comme «vital» en période de crise sanitaire et d’un homme dont l’emploi n’est pas critique. Au sein de ces couples, la répartition des tâches durant la crise s’est momentanément mais très fortement modifiée, avec un investissement important du conjoint dans l’éducation des enfants. Ce phénomène sera-t-il durable, une fois la crise passée ? Pas impossible nous disent les auteurs, si le choc transitoire du Covid a contribué à modifier … les représentations sociales.

 

 

 

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