Emmanuel Combe a publié une chronique dans L’Opinion le 15 Juin 2026.
« Pouvoir d’achat : un peu d’ambition pour la présidentielle ! »
Les sondages d’opinion se suivent et se ressemblent : le pouvoir d’achat reste la première priorité économique des Français, loin devant la dette publique. Tous les candidats à la présidentielle, de quelque bord qu’ils soient, vont donc devoir se positionner sur ce sujet crucial. On peut craindre toutefois, au vu des premières propositions, que les solutions ne soient pas à la hauteur des attentes.
Commençons par la proposition consistant à augmenter le salaire minimum. Sans surprise, elle constitue la mesure phare du projet de LFI : Jean-Luc Mélenchon propose de passer le smic à 1 700 euros net, soit une hausse d’environ 15 %. Une telle mesure, si elle était mise en œuvre, n’aurait pas d’effet durable sur le pouvoir d’achat des ménages.
Une autre proposition électorale consiste à baisser les prix, en diminuant la TVA sur les produits et services de première nécessité. Cette mesure figure dans le projet du RN, au travers d’une forte baisse de la TVA, ramenée de 20 % à 5,5 % sur l’électricité, le gaz et les carburants. Sans même parler de l’impact négatif sur les finances publiques et la décarbonation, l’effet sur le pouvoir d’achat risque d’être limité.
Tout d’abord, une baisse de TVA ne se transmet jamais automatiquement et intégralement dans les prix. La transmission dépend du degré de concurrence sur le marché : quand la concurrence est faible, une partie de la baisse de TVA part dans une hausse des marges et ne va pas dans la poche des ménages. Ensuite, alléger les taxes sur l’énergie et le carburant profite à tous les Français, proportionnellement à leur consommation : les ménages aisés, qui se chauffent et roulent plus, seront donc les premiers bénéficiaires d’une telle mesure, alors même qu’ils épargnent déjà une fraction importante de leur revenu.
Au fond, ces deux solutions, pour différentes qu’elles soient, partagent un point commun : elles s’inscrivent dans une logique purement redistributive de l’économie ; elles raisonnent à taille constante du « gâteau », à savoir le PIB.
Une vraie politique de pouvoir d’achat doit avoir pour ambition d’augmenter la taille du gâteau, c’est-à-dire de créer davantage de richesse. Cela passe par l’activation de leviers bien connus des économistes : la hausse du taux d’emploi (encore inférieur de huit points à celui de l’Allemagne) pour créer des revenus additionnels chez ceux qui veulent travailler mais ne le peuvent pas ; une meilleure diffusion des innovations, notamment numériques, pour engendrer des gains de productivité et des hausses de salaire non inflationnistes ; une stimulation de la concurrence sur les marchés, pour éviter les rentes artificielles et encourager l’innovation. A un an de la présidentielle, espérons que certains candidats auront une véritable ambition pour le pouvoir d’achat des Français.
Emmanuel Combe est professeur des Universités à Paris 1 Panthéon-Sorbonne et professeur associé à SKEMA Business School.


