« Instabilité politique : le prix à payer » (L’Opinion)

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Emmanuel Combe a publié le 18 Juin 2024 une chronique dans L’Opinion sur les conséquences économiques de l’instabilité politique.

Instabilité politique : le prix à payer

Les élections européennes sont venues confirmées ce que l’on devinait déjà depuis un certain temps : le paysage politique français est aujourd’hui composé de trois blocs irréconciliables entre eux et dont aucun à ce jour ne devrait détenir à lui seul la majorité absolue au Parlement. Il est donc assez probable que le prochain gouvernement soit un gouvernement … de coalition. Le propre d’une coalition est d’être instable, dans la mesure où elle agrège des intérêts fondamentalement divergents. A ce titre, les gouvernements de coalition sont peu enclins à la rigueur budgétaire : comme ils rassemblent des intérêts électoraux très variés, il n’y a pas de consensus sur les mesures à prendre pour réduire les déficits. La hausse des dépenses publiques, financée par l’endettement s’impose alors comme la solution de facilité. Autant dire que la dette publique en France va continuer de croître, sauf si les marchés retirent leur confiance.

Mais cette instabilité politique va aussi et surtout avoir un impact négatif sur la croissance économique, comme l’ont montré les travaux d’Alesina et Perotti. L’instabilité politique crée en effet ce qu’il y a de pire pour une économie de marché : de l’incertitude. Comme les gouvernements de coalition changent souvent et parfois radicalement de cap, au gré des tensions au sein de la coalition, la stabilité des politiques économiques – et notamment de la réglementation- va diminuer.

Première conséquence de cette incertitude accrue : une diminution de l’investissement privé. Les entreprises préfèreront reporter des décisions qui engagent le long terme, à l’image de la R&D. De même, les individus seront moins disposés  à investir en eux-mêmes, c’est-à-dire en capital humain, compte tenu de l’incertitude sur les gains qu’ils pourront en retirer dans le futur. Moins d’investissement privé aujourd’hui, c’est moins de gains de productivité et de croissance demain.

Deuxième conséquence de l’incertitude : une baisse de la consommation des ménages, qui vont constituer une épargne de précaution. Cet effet se traduira notamment par le report dans l’achat de biens durables. Moins de consommation, c’est moins d’activité à court terme pour l’économie.

Troisième conséquence de l’incertitude : une probable hausse de la prime de risque sur les taux d’emprunt de l’Etat français, qui viendra renchérir le coût de la dette publique. Cette prime de risque se transmettra aussi à la dette privée, renchérissant ainsi le coût de financement des entreprises par le marché et réduisant l’investissement.

Cet impact négatif de l’instabilité politique sur la croissance économique est confirmé par les études empiriques. L’étude académique d’Aisen et Veiga (2013) sur un échantillon de 169 pays, au cours de la période 1960-2004. Parvient à une conclusion éloquente : une hausse de l’instabilité politique réduit la croissance annuelle de la richesse par habitant de 2,39%. Un résultat à méditer, lorsque l’on sait que les Français placent en premier rang de leurs priorités … le pouvoir d’achat. C’est le prix à payer de l’instabilité politique. Sans compter que l’on ne peut exclure à ce stade une coalition incluant le RN ou le Nouveau Front Populaire, dont les programmes économiques relèvent du pur aventurisme. Mais ceci est un autre sujet.

 

 

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