Emmanuel Combe a publié une chronique dans L’Opinion le 29 Juillet 2025.
Transport aérien : le vrai prix du billet commence après le clic
A l’heure où de nombreux Français s’apprêtent à prendre l’avion pour leurs vacances, il est intéressant de se pencher sur une révolution silencieuse qui marque le transport aérien depuis plus de quinze ans : la révolution des « revenus auxiliaires ». Le passager achète désormais un billet « nu », qui couvre la prestation de base : voyager assis en toute sécurité, entre un point A et B. S’il veut plus, alors il devra payer plus : le bagage en soute, une collation à bord, le choix de son siège, le wifi en vol, etc. Cette pratique tarifaire consiste à littéralement décomposer la prestation en différentes composantes qui seront ensuite proposées sous la forme d’options payantes. Fini le menu unique pour tous, voici venu le temps des prestations à la carte.
Ce modèle de tarification des billets nous vient directement des compagnies low cost et s’est généralisé progressivement à la plupart des compagnies aériennes, surtout en classe économique et sur les vols courts ou moyens-courriers. Ce modèle occupe désormais une place centrale dans l’économie du transport aérien : au niveau global, selon les estimations du cabinet IdeaWorksCompany, les revenus auxiliaires représenteraient près de 150 milliards de dollars, soit 20 % des revenus totaux du transport aérien. Ils constituent même le cœur du modèle économique de certaines compagnies, comme Ryanair, qui en retirent plus de 30 % de ses revenus. Au-delà d’être une source de revenus, ces services auxiliaires sont très rentables et permettent d’augmenter les profits des compagnies dans un secteur réputé pour ses faibles marges (de l’ordre de 3,5 %). Le cas le plus connu d’option à forte marge est le choix du siège ou de l’embarquement prioritaire : il n’y a pas véritablement de coût additionnel pour la compagnie à rendre ce service payant, contrairement par exemple à la restauration à bord.
Pourquoi les compagnies ont-elles fait le choix de multiplier les options payantes ? Pour permettre à chaque client de choisir en fonction de ses propres besoins et de sa capacité à payer, plutôt que de payer un package global dont il n’a pas forcément l’usage. Par exemple, avant, le bagage en soute était systématiquement inclus dans le prix du billet, alors même que certaines personnes voyageaient sans bagage. Cela revient à dire qu’elles payaient pour un service qu’elles n’utilisaient pas. Dans le monde des options payantes, le client ne paie que ce qu’il utilise.
Procédé déloyal. Ce modèle – vertueux au départ – pourrait néanmoins se retourner demain contre les compagnies aériennes, en rendant le tarif final illisible et anxiogène. Ceci est particulièrement vrai lorsque les options payantes sont trop nombreuses et complexifient à outrance le processus d’achat ou lorsqu’elles ne sont pas présentées de manière transparente. En particulier, certaines compagnies laissent croire, durant le processus de réservation, que le siège est forcément payant, alors qu’en réalité, c’est le choix du siège qui l’est. Ce procédé est déloyal : il conduit les clients à payer pour un siège qui est en réalité nécessairement inclus dans le prix du billet. Imaginerait-on un constructeur automobile vendre une voiture, en expliquant que les pneus ne sont pas compris dans le prix de base ? Il est impératif que ce modèle d’options payantes reste transparent et ne concerne que les prestations non essentielles à un voyage assis entre un point A et un point B. Au risque sinon de susciter la défiance des passagers


