« Tant qu’à être protectionnistes, misons sur le protectionnisme vert » (L’Opinion)

Emmanuel Combe a publié le 3 Avril 2025 une chronique dans L’Opinion.

 

Tant qu’à être protectionnistes, misons sur le protectionnisme vert

Si l’on doute encore de la détermination de Donald Trump en matière de protectionnisme, nous voilà désormais fixés : le président américain a bien l’intention d’imposer des droits de douane massifs le 2 Avril. Cette déferlante protectionniste risque de susciter des réactions en chaine : par exemple, la Chine, en situation de surcapacités dans de nombreux secteurs, va sans doute réorienter ses exportations vers l’Europe, à défaut de pouvoir accéder au marché américain. L’Europe va donc devoir se protéger à son tour.

Au-delà de la riposte à court terme, l’Europe peut miser sur son mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF), qui entre en vigueur en 2026. Rappelons que cet instrument consiste à taxer les importations en provenance de pays dont les normes environnementales sont moins exigeantes que celles en vigueur en Europe. Le montant de la taxe est égal à la différence entre le prix de la tonne de carbone en Europe et celui dans le pays exportateur. Le MACF s’apparente ainsi à une forme de protectionnisme vert, visant à lutter contre le « dumping climatique » des pays tiers.

Si le principe de cette taxe écologique aux frontières est séduisant, sa mise en oeuvre reste à ce stade problématique en Europe et mériterait d’être significativement améliorée.

En premier lieu, le MACF ne couvrira en 2026 que certains produits intermédiaires importées comme le fer ou l’acier. La taxe aux frontières sera donc payée par les entreprises européennes qui importent ces produits intermédiaires. Leur coût de production va donc augmenter, ce qui peut les inciter à se délocaliser hors d’Europe pour ensuite … exporter les produits finis vers l’Europe. Dit en d’autres termes, si l’acier importé « moins propre » est taxé, la voiture importée, qui incorpore pourtant le même acier, ne le sera pas ! Il est donc nécessaire d’étendre le dispositif en aval, sur les produits finis, si l’on veut éviter ces stratégies de contournement.

En second lieu, les entreprises localisées sur le sol européen doivent désormais acheter des permis carbone pour pouvoir produire. Le prix de la tonne de carbone est aujourd’hui de 70 euros environ en Europe. Ce prix vient augmenter les coûts de production, ce qui diminue la compétitivité des entreprises européennes lorsqu’elles exportent hors d’Europe, alors même que leurs concurrents non européens ne supportent pas les mêmes contraintes environnementales. Pour compenser un tel handicap, une solution consisterait à octroyer aux exportateurs européens des permis d’émission gratuits.

En dernier lieu, la mise en place de la taxe aux frontières nécessite au préalable de calculer l’empreinte carbone des importations. Les pays visés par la taxe vont être tentés de la minorer, en créant des usines « vertes » uniquement à destination du marché européen. Cette stratégie leur permet d’échapper à la taxe, sans pour autant faire d’effort global de lutte contre le changement climatique. Pour remédier à ce contournement, il est nécessaire de calculer l’empreinte carbone en fonction de la moyenne du pays exportateur et non de l’usine d’origine.

Bref, si l’Europe doit revenir durablement à une forme de protectionnisme, autant le faire de manière utile, en misant sur un protectionnisme vert.

 

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