« Protectionnisme US : si nous voulons la négociation, préparons la guerre (commerciale) » (Les Échos)

Emmanuel Combe a publié une chronique sur la probable guerre commerciale US/Europe dans Les Échos, le 7 Mars 2025.

Protectionnisme US : si nous voulons la négociation, préparons la guerre (commerciale)

25% : tel est le chiffre qui est sur toutes les lèvres, après l’annonce de possibles droits de douane américains à l’encontre des européens. Si elle se concrétise, cette annonce va logiquement entrainer une riposte de l’Europe. A cet égard, l’Union Européenne dispose aujourd’hui d’un large arsenal de défense commerciale.

Tout d’abord, l’Europe peut ouvrir de nouvelles procédures anti-dumping à l’encontre de producteurs américains. Le dispositif anti-dumping européen est aujourd’hui plus efficace et réactif : des mesures provisoires peuvent être imposées rapidement et, si le dumping et le préjudice sont démontrés, les droits compensateurs sont plus élevés qu’auparavant. On constate d’ailleurs que l’Europe utilise plus souvent cet instrument : pas moins de 156 mesures antidumping sont déjà en vigueur. A titre d’exemple, en Janvier 2025, l’Union Européenne a imposé des droits de douane de 58 à 77% à l’encontre de producteurs américains de PVC, accusés de vendre moins cher leurs produits en Europe que sur leur propre marché domestique.

De même, l’Europe peut lancer des enquêtes à l’encontre d’entreprises américaines bénéficiant de subventions publiques. Elle dispose à cet égard d’un nouvel instrument depuis 2023, qui lui permet de bloquer les acquisitions d’entreprises européennes par des entreprises étrangères ayant bénéficiées de subventions. Elle peut également bloquer la participation de ces entreprises subventionnées à des appels d’offre public en Europe.

L’Europe peut également mobiliser son instrument relatif aux marchés publics internationaux, en s’assurant que les entreprises européennes ont un accès équitable aux marchés publics américains. Si tel n’est pas le cas, l’Union européenne pourrait en représailles empêcher des entreprises américaines de participer aux marchés publics en Europe.

Mais surtout, l’Europe peut miser sur son nouvel instrument de défense, aussi novateur que redoutable : l’anti-coercition. Il vise à dissuader un pays d’exercer des pressions commerciales sur l’Europe, dans le but d’obtenir des concessions sur des sujets qui ne relèvent pas du commerce international. Les annonces récentes du Président Trump relèvent clairement de la coercition : il a indiqué que, pour échapper aux droits de douane, l’Union Européenne devait lever le pied sur le Digital Market Act et la régulation des géants du numérique. Face à une telle menace, l’instrument anti-coercition permet à l’Europe d’imposer de multiples sanctions, allant de droits de douane à l’exclusion des marchés publics, à l’encontre d’entreprises mais aussi de personnes physiques !

Tous ces instruments de défense commerciale, compatibles avec les règles de l’OMC, doivent être bien entendu utilisés de manière appropriée. Le but n’est pas d’engager des représailles massives qui nous pénaliseraient mais de frapper là où cela fait mal. Mal médiatiquement tout d’abord : l’Europe peut sélectionner une liste de produits symboliques pour l’opinion publique américaine, comme elle l’avait déjà fait en 2018 en mettant des droits de douane sur les Harley Davidson et les jeans. Mal politiquement ensuite : l’Europe peut cibler des produits fabriqués dans des Etats américains qui sont de fervents soutiens des Républicains. La Chine l’avait fait en 2018, en taxant le soja américain, ce qui avait mécontenté les agriculteurs, fidèles soutiens du Président Trump. Mal économiquement enfin : L’Europe peut taxer des produits pour lesquels les Etats-Unis sont en situation de forte dépendance vis-à-vis de l’Union européenne. Une récente étude du CEPII montre que les Etats-Unis se révèlent dépendants de l’Europe sur 32 produits stratégiques, alors que l’Europe l’est sur 8 produits seulement.

Au final, l’Europe a tous les instruments à sa disposition pour engager un bras de fer avec les Etats-Unis. L’Europe n’a pas choisi cette situation conflictuelle et se doit de réagir. Plus la riposte sera sévère et crédible, plus les Américains seront enclins à vouloir négocier. Si nous voulons la négociation, préparons la guerre (commerciale).

 

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