Emmanuel Combe a publié le 19 Août 2025 une chronique dans L’Opinion.
Protectionnisme : pour les Américains, l’inflation c’est pour demain !
2,7% : les chiffres de l’inflation aux Etats-Unis pour le mois de Juillet pourraient laisser croire que le retour au protectionnisme n’a pas eu d’effet marqué sur les prix, comme le redoutaient les économistes. En réalité, ce chiffre doit être pris avec prudence.
A court terme, si l’on enlève les denrées alimentaires et l’énergie, dont les prix sont plus volatils, l’inflation atteint déjà 3,1% et se situe au-dessus des prévisions. De plus, l’impact des droits de douane sur l’inflation américaine est sous-estimé par le fait que d’autres facteurs qui jouent aussi sur l’inflation ont été orientés à la baisse, comme le prix du pétrole et le ralentissement de l’activité économique.
A plus long terme, le retour massif des Etats-Unis au protectionnisme ne peut que conduire à un regain d’inflation. A cet égard, l’expérience passée montre que les exportateurs étrangers reportent quasi intégralement les tarifs dans le prix en dollars et ne baissent pas leur prix pour absorber la taxe. Ainsi, lors de la première vague protectionniste de 2018-2019, une étude de Cavallo a montré qu’un tarif de 20% à l’encontre des exportateurs chinois n’avait entrainé qu’une baisse de 1,1% du prix hors tarif. Ce sont donc les importateurs américains qui ont payé dans un premier temps la facture, en assumant seul 19% de hausse. Ils ont comprimé leur marge et n’ont pas reporté immédiatement cette hausse dans les prix qu’ils facturent eux-mêmes en aval à leurs clients, distributeurs comme producteurs. Ces derniers avaient d’ailleurs constitué préventivement des stocks, en prévision des tarifs douaniers.
Mais cette situation ne va pas durer : les stocks préventifs vont se réduire et les importateurs vont alors progressivement reporter les hausses de prix sur les distributeurs et les producteurs, qui eux-mêmes vont les répercuter sur les consommateurs finaux. Tout cela va prendre un peu de temps mais arrivera nécessairement. Les premiers à reporter les hausses de prix seront les petits producteurs et détaillants, pour plusieurs raisons : ils ne disposent pas d’un pouvoir de négociation à l’achat ; leurs stocks sont limités par leur faible capacité de stockage ; ils sont souvent dépendants d’une seule source d’approvisionnement ; ils sont eux-mêmes moins diversifiés et ne peuvent donc faire de la subvention croisée, en répartissant la hausse de prix sur tous les produits qu’ils vendent.
Mais surtout, l’inflation ne va pas se limiter aux seuls produits importés. En réalité, ce sont les prix de nombreux produits américains qui vont augmenter. Tout d’abord, ceux qui sont en concurrence directe avec les importations. Par exemple, si vous êtes un fabricant de vélo aux Etats-Unis et que les vélos importés de Chine sont taxés de 30 à 50%, il est assez logique que vous augmentiez le prix de vos propres vélos. Ensuite, les producteurs américains qui utilisent des composants importés vont accroître leurs prix, puisque leurs coûts de production vont augmenter. La hausse de prix va donc se diffuser progressivement à l’ensemble de l’économie américaine et sera d’autant plus prononcée que l’offre domestique va avoir du mal à remplacer l’offre importée : développer la production locale, embaucher, inciter les étrangers à investir aux Etats-Unis prend du temps et nécessite d’acquérir des compétences. En attendant, les ménages américains vont payer l’addition … par de l’inflation.


