Emmanuel Combe a publié le 20 Novembre 2025 une chronique dans L’Opinion sur la ratification de l’accord du Mercosur.
Mercosur : écouter toutes les voix
La perspective d’une probable ratification de l’accord de libre-échange de l’Union européenne (UE) avec le Mercosur soulève en France une intense mobilisation du monde agricole. Les éleveurs de viande bovine craignent que les importations de bœuf argentin et brésilien ne viennent déstabiliser une filière européenne déjà fragilisée. Si leur inquiétude doit être entendue, elle ne doit toutefois pas être exagérée : l’ouverture à l’importation de bœuf restera limitée. En effet, le contingent additionnel autorisé par l’accord s’élève à 99 000 tonnes, soit environ 1,6 % de la consommation européenne. On est donc bien loin d’une ouverture massive du marché. Plus fondamentalement, la légitime inquiétude des producteurs de bœuf ne doit pas occulter d’autres voix que l’on entend peu ou pas dans les débats publics.
Tout d’abord, il y a la voix des agriculteurs qui exporteront demain vers le Mercosur. Tel est le cas de la filière des vins et spiritueux mais aussi des fromages AOC, et plus généralement des produits du terroir, autant de contributeurs essentiels à la balance commerciale française. Ainsi, les exportations européennes de vins et spiritueux sont aujourd’hui frappées au Brésil par des droits de douane élevés, de 20 à 35 % selon les catégories. Leur suppression permettra, alors même que les Etats-Unis taxent les vins européens et que la Chine a relevé ses taxes sur le cognac, de diversifier les débouchés géographiques des viticulteurs européens. L’expérience des accords commerciaux récents est à cet égard instructive : le Japon, après la suppression de ses droits sur les vins et fromages européens, s’est ouvert massivement aux produits français. Ajoutons à cela que l’accord avec le Mercosur prévoit que les appellations d’origine (AOC) soient enfin reconnues et protégées : par exemple, les noms de Comté et de Roquefort ne pourront plus être aussi facilement utilisés par des producteurs brésiliens.
Ensuite, il y a la voix des industriels et de leurs salariés qui exporteront demain vers le Mercosur. Près de 4 milliards d’euros de droits de douane seront progressivement supprimés, notamment dans des industries comme le matériel de transport, les machines et équipements électriques ou la chimie/pharmacie. Dans le cas de la France, les exportations de biens vers le Mercosur devraient enregistrer une hausse de plus de 5 milliards d’euros par an. Ajoutons à cela que l’accès au marché du Mercosur permettra à l’Europe de contrer la montée en puissance de la Chine, qui renforce fortement sa présence en Amérique du Sud. De même, le Mercosur permettra à nos industries de trouver un nouveau débouché à l’export, à l’heure où les exportations chinoises déferlent sur l’Europe et où les Etats-Unis ont mis en place de forts droits de douane.
Enfin, il y a la voix de 450 millions d’européens, qui seront les bénéficiaires de cet accord commercial : des créations d’emploi dans les secteurs exportateurs, un élargissement du choix de produits et des prix plus faibles sur certains produits importés. Il est frappant de constater que leur intérêt n’est jamais évoqué dans les débats publics. Et pour cause : les citoyens n’ont pas connaissancedes gains de l’accord, que ce soit en termes de création de richesse, d’emplois ou de pouvoir d’achat. Qui sait par exemple que les exportations de l’Europe vers le Mercosur augmenteront de 48 milliards d’euros, tandis que les importations du Mercosur en Europe progresseront seulement de 9 milliards, si l’on en croit les récentes simulations de la Commission Européenne ? L’accord avec le Mercosur est donc plutôt un bon calcul pour l’Europe. Il est regrettable qu’aucun décideur politique en France n’écoute et ne porte la voix des citoyens européens, des industriels et des agriculteurs qui exporteront demain vers le Mercosur.


