Le burkini et le bon sens (L’Opinion)

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Le burkini s’est imposé en France comme le sujet politique du moment. Qu’il me soit permis d’esquisser sur ce sujet brûlant quelques réflexions personnelles, prenant appui sur le « bon sens », notamment économique.

Partons d’un principe simple : tout problème doit être traité avec proportionnalité, c’est-à-dire à la mesure de son importance réelle. A ce titre, il serait intéressant, avant d’agir, de connaître l’ampleur statistique du phénomène du burkini sur les plages françaises : il est probable que cette pratique reste à ce stade très marginale. Les beaux esprits objecteront que cette approche comptable est inappropriée : on ne défend pas une cause à l’aune du nombre de personnes concernées, mais à l’aune de principes universels que l’on estime bafoués. Une autre objection est que le combat contre le burkini est d’abord un « combat préventif » : il s’agit de lutter contre une pratique aujourd’hui marginale mais qui pourrait se généraliser demain si l’on n’y faisait rien.

Outre le fait qu’elles présument de l’avenir et font le jeu d’une minorité agissante qui n’en espérait pas tant, ces objections introduisent un principe de stricte équivalence dans le traitement des grands problèmes de société. Mais c’est oublier que tous les combats ne se valent pas sur un plan quantitatif, notamment en termes de coût social. Est-on certain que le « vivre ensemble » est davantage remis en cause aujourd’hui par une poignée de personnes en burkini que par notre inaction face au drame des 2,5 millions d’illettrés, des 25 % de jeunes au chômage ou des 130 000 décrocheurs quittant chaque année le système scolaire ? Il est toujours sage et utile de hiérarchiser les problèmes et de les traiter en fonction de leur importance quantitative réelle et pas seulement symbolique.

Promesse républicaine. On m’objectera enfin que le problème du burkini n’a pas grand-chose à voir avec l’illettrisme ou le chômage des jeunes – ce qui est peut-être vrai — et qu’il ne faut donc pas opposer les sujets mais mener tous les combats de front. Notons d’emblée que le décrochage scolaire n’a jamais vraiment suscité la mobilisation des foules, des médias et des décideurs politiques, alors même qu’il nous coûte une petite fortune et abîme chaque jour et depuis longtemps la promesse républicaine. Mais l’essentiel est ailleurs : tout le temps, toute l’énergie, l’attention médiatique et l’argent dépensés sur un sujet comme le burkini sont autant de ressources rares qui ne sont pas mobilisées sur d’autres problèmes autrement plus importants. Il y a un coût d’opportunité à ne parler que du burkini : c’est celui de ne pas parler du reste.

On en vient même à se demander si le débat sur le burkini n’est finalement pas un débat commode pour nos décideurs politiques : il permet d’occuper le terrain médiatique, sans avoir à parler des vrais et vieux sujets non résolus depuis trente ans, au premier rang desquels figurent l’économie et l’éducation. Il permet de proposer des solutions rapides, qui marquent les esprits, alors que notre pays a d’abord besoin de réformes structurelles courageuses, dont les effets seront visibles à long terme.

Bref, si l’on veut vraiment faire vivre… le « vivre ensemble », au-delà des mots et des postures, il y a sans doute mieux à faire aujourd’hui dans notre pays que de débattre sans fin du burkini. Un peu de bon sens n’est jamais inutile.

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