« Ferroviaire : la concurrence ce n’est pas si mal » (L’Opinion)

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Emmanuel Combe a publié une chronique le 26 Décembre 2022 dans L’Opinion sur la concurrence dans le ferroviaire.


Ferroviaire : la concurrence, ce n’est pas si mal

A l’heure où de nombreux Français souhaitent se déplacer en train pour fêter Noël et la fin de l’année en famille, un mouvement social s’est déclaré au sein de la SNCF, qui affecte tout particulièrement les lignes à grande vitesse. Selon les chiffres communiqués par la compagnie ferroviaire, ce sont environ 200 000  personnes qui ne pourront voyager avec leur billet SNCF durant le week end de Noël.

Face à cette situation, les voyageurs s’organisent, en se reportant sur différents moyens de transport : voiture, co-voiturage, car, avion et … train. En particulier, sur la ligne Paris-Lyon, ils peuvent faire le choix de se reporter sur l’opérateur historique italien Trenitalia. Cette situation mérite que l’on s’y arrête, dans la mesure où les TGV des deux opérateurs sont des substituts presque parfaits : en termes de temps de transport, il est équivalent pour un voyageur de prendre la SNCF ou Trenitalia. De plus, les gares de départ et d’arrivée à Paris et Lyon sont similaires. Cette possibilité de substitution est le fruit de l’ouverture à la concurrence du ferroviaire engagée par l’Union Européenne, ouverture qui s’est concrétisée par l’entrée en France de Trenitalia en 2021. Quels ont été les gains de la concurrence sur ce marché ? S’il est encore trop tôt pour tirer des conclusions définitives sur le cas français, on peut toutefois se tourner vers notre voisin italien, qui a fait le choix d’ouvrir son marché de la grande vitesse entre Milan et Rome il y a 10 ans déjà. La configuration du marché est certes un peu différente : en Italie, le nouvel entrant, NTV, s’est positionné sur un créneau « low cost », alors qu’en France la concurrence prend plutôt la forme d’une concurrence entre deux opérateurs historiques. Pour autant, on peut considérer avec le recul que la concurrence a délivré en Italie de nombreux gains pour les voyageurs. Tout d’abord, on a assisté à une diminution significative du prix du billet, de l’ordre de 30%, l’opérateur historique ayant dû lui aussi ajuster ses prix. Cette baisse a eu un fort effet d’induction sur les volumes, à l’image de ce que l’on peut observer dans le transport aérien : entre 2011 et 2016, le nombre de passagers kilomètres a augmenté de 90%. NTV a réussi à prendre en l’espace de 5 ans 30% du marché de la grande vitesse à l’opérateur historique Trenitalia. Enfin, la concurrence a eu plusieurs effets bénéfiques sur la qualité de service : augmentation des capacités et des fréquences, nouvelles dessertes de gares dans les grandes villes comme Rome et Milan, montée en gamme du service à bord (wifi, etc) et diversification de l’offre tarifaire, avec 3 classes de voyage. Bref, un bilan très positif pour le voyageur.

Les esprits grincheux objecteront qu’en cas de grève surprise, l’existence d’une alternative à la SNCF n’empêchera pas les prix d’augmenter chez l’opérateur italien. C’est vrai mais cela s’explique par le fait que toutes les entreprises de transport de passagers pratiquent le « yield management » : grève ou pas grève, les prix sont toujours plus élevés lorsque les réservations se font à la dernière minute. Le vrai sujet est plutôt de se dire qu’entre ne pas avoir de train pour Noël ou acheter un billet un peu plus cher, la seconde situation est sans doute préférable.

 

 

 

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