« Droits de douane : reporter la taxe dans le prix ou pas ? » (L’Opinion)

Emmanuel Combe a publié une chronique dans L’Opinion le 25 Avril 2025.

Droits de douane : reporter la taxe dans le prix ou pas ?

Face aux droits de douane mis en place par Donald Trump, une question centrale pour un exportateur vers les Etats-Unis est de savoir s’il va reporter ou non la taxe dans son prix en dollars. Il peut tout d’abord décider de ne pas le modifier, en baissant son prix hors droit de douane. Il maintiendra ses ventes au détriment de sa marge. A l’inverse, il peut choisir d’ajouter la taxe à son prix d’export. Il conservera alors sa marge unitaire et prendra le risque de voir ses ventes baisser sur le marché américain. Mais de quoi dépend fondamentalement le choix de reporter une plus ou moins grande proportion de la taxe dans le prix ?

Un facteur clé est le degré de différenciation des produits. Si ses produits sont très différenciés, notamment en termes de marque, l’exportateur sait que ses clients américains auront peu d’alternatives. Il peut donc reporter la taxe dans le prix qu’il va facturer aux intermédiaires ou, lorsqu’il assure lui-même la distribution, aux consommateurs finaux. C’est par exemple le choix que viennent de faire plusieurs entreprises de luxe : ainsi, Ferrari et Hermès ont annoncé qu’elles reportaient intégralement la taxe de 10% dans le prix de vente final. C’est également le choix qu’ont fait en 2018 les exportateurs chinois de produits électroniques, lorsque Donald Trump a imposé des droits de douane. L’économiste Cavallo (Université d’Harvard) a ainsi montré que, confronté à un tarif douanier de 20%, les exportateurs chinois n’avaient absorbé que 1,1% du tarif : c’est donc l’importateur américain qui a supporté une hausse de 18,9% de prix.

A l’inverse, lorsque les produits sont peu différenciés, il est difficile pour l’exportateur de reporter la taxe dans le prix : les clients se tourneront rapidement vers d’autres produits substituables venant d’autres pays.  A l’heure où Donald Trump entend mettre en place des droits de douane « réciproques », c’est-à-dire différents pour chaque pays, la décision de l’exportateur devient plus compliquée. En effet, si ses exportations sont plus taxées que celles de ses concurrents étrangers, il hésitera à augmenter ses prix. Il est donc impératif pour un exportateur de dresser une cartographie complète de la localisation des unités de production de ses concurrents et des droits de douane auxquels ils seront soumis.

Dans le cas particulier des produits agricoles et des matières premières, que l’entreprise reporte ou non la taxe dans son prix, un autre phénomène peut jouer : si le pays qui se protège est un gros importateur, la mise en place de droits de douane risque de faire chuter le prix mondial. Prenons l’exemple du soja, au moment de la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine en 2018. Les Etats-Unis ont mis en place des droits de douane contre l’acier chinois. En représailles, la Chine, premier importateur mondial de soja, a taxé le soja américain à hauteur de 25%. Le cours mondial du soja, qui était de 380$ la tonne, a aussitôt diminué à 310$. Même si les agriculteurs américains ont reporté la taxe de 25% dans le prix de vente en Chine, la chute du cours mondial du soja leur a fait subir une perte de 70$ par tonne ! Ironie du sort : ces agriculteurs avaient pourtant massivement voté pour … Donald Trump.

 

 

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