« Déficit commercial US/Europe : d’abord un problème américain » (L’Opinion)

Emmanuel Combe a publié le 6 Mars 2025 une chronique dans L’Opinion.

Déficit commercial US/Europe : d’abord un problème américain

Dans son bras de fer commercial avec l’Europe, le Président Trump mobilise toujours le même argument choc : si les Etats-Unis affichent un déficit commercial de 300 milliards de dollars avec l’Europe, c’est parce qu’ils sont victimes de la « concurrence déloyale » des Européens, qui taxent plus les importations américaines que l’inverse.

Commençons par le chiffre avancé : 300 milliards est très largement exagéré, puisqu’il n’inclut pas le commerce de services, où les Américains  dégagent un excédent commercial.  Plus fondamentalement, il est simpliste de considérer que les droits de douane européens sont la cause principale du déficit commercial américain. A un niveau microéconomique, le déficit s’explique d’abord par le manque de compétitivité des produits américains. L’industrie automobile en fournit une parfaite illustration.

Les Européens importent en effet assez peu de voitures américaines : en 2022, seulement 116 000 véhicules neufs, pour une valeur totale de 5,2 milliards d’euros. Par contre, ils ont exporté plus de 692 000 véhicules aux Etats-Unis, pour une valeur totale de 36 milliards d’euros. Selon Donald Trump, ce fort déséquilibre commercial serait dû aux 10% de droits de douane imposés par l’Europe sur les voitures américaines. En réalité, les causes sont à rechercher ailleurs.

En premier lieu, les normes de sécurité, notamment pour le choc piéton, sont plus strictes en Europe. Cela entraine un surcoût dans la production de voitures fabriquées aux Etats-Unis puis exportées vers l’Europe.

En second lieu, la majorité des voitures américaines sont de grands SUV, très gourmands en essence : ce type de véhicules est peu adapté aux attentes des clients européens.

En troisième lieu, les consommateurs européens affichent une forte préférence pour leurs marques nationales : les Allemands roulent majoritairement en voiture allemande, tout comme les Français en Renault, Peugeot et Citroën, et les Italiens en voitures italiennes.

En quatrième lieu, la concurrence sur le marché automobile européen est redoutable, du fait de l’implantation ancienne des constructeurs asiatiques, ce qui leur permet de mieux répondre aux attentes spécifiques de la clientèle.  A l’inverse, à l’exception de Tesla, les Américains sont peu présents sur le sol européen.

En dernier lieu, du côté des exportations européennes, certains Américains sont friands de voitures haut de gamme, en particulier de marques allemandes qui n’ont pas d’équivalent aux Etats-Unis.

Ces multiples facteurs expliquent en grande partie le déficit commercial dans l’automobile entre les Etats-Unis et l’Europe. Dans ces conditions, un protectionnisme massif à l’encontre des voitures européennes sera peu efficace. Tout d’abord, il ne fera pas vendre plus de voitures américaines en Europe. Ensuite, les constructeurs européens vont réagir aux taxes en s’implantant aux Etats-Unis, ce qui va certes créer de l’emploi local mais va aussi renforcer leur connaissance du marché américain. A la fin des fins, les droits de douane n’auront rien changé aux causes structurelles du déficit commercial américain dans les voitures. Et pour cause : leur déficit commercial est d’abord le symptôme d’un manque de compétitivité.

 

 

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