« Comex : ajoutez des chaises, les femmes arrivent ! » (L’Opinion)

Emmanuel Combe a publié, le 28 Février 2025, une chronique dans L’Opinion sur la représentation des femmes dans les Comex.


Comex : ajoutez des chaises, les femmes arrivent !

A l’heure où toutes les grandes entreprises sont engagées dans des démarches RSE, la question de l’égalité au travail des hommes et des femmes reste toujours d’actualité en France. Rappelons qu’en 2024, l’INSEE constatait un écart salarial de 15% en défaveur des femmes, à temps de travail égal. Cette situation paradoxale -dans la mesure où les femmes sont en moyenne plus diplômées que les hommes- s’explique notamment par le fait que les femmes accèdent moins souvent aux postes de direction. Deux lois successives sont venues corriger le tir, en imposant des quotas dans les instances de gouvernance des entreprises. Ainsi, la loi Copé-Zimmermann de 2011 imposait au moins 40% de femmes dans les conseils d’administration à l’horizon 2017.  Plus récemment, la loi Rixain de 2021 a créé une obligation pour les grandes entreprises d’avoir une représentation minimale de femmes au sein des Comex, fixée à 30% en 2026 et réhaussée à 40% en 2029.

Une récente étude de l’Observatoire Skema sur la féminisation des entreprises met en évidence des effets significatifs de la loi Rixain dans le cas des entreprises du CAC 40. L’étude constate que les femmes représentaient en Janvier 2024 30% des membres des Comex du CAC 40, alors que ce chiffre était seulement de 19% lorsque la loi a été promulguée. La majorité des entreprises du CAC 40 a donc pris les devants et anticipé la date de 2026. Certaines d’entre elles, à l’image d’Engie ou de Pernod Ricard, font même mieux, dès aujourd’hui, que l’obligation légale de 40% qui devra être atteinte en 2029. Ce tableau optimiste doit être toutefois nuancé. On constate en effet que les femmes ne sont pas encore présentes tout en haut de l’Olympe : les hommes continuent d’occuper 93% des 80 postes de président et de directeur général. Aucune femme PDG à l’horizon et seulement 5 présidentes ou directrice générale. De même, si le plafond de verre s’est fortement réduit depuis 10 ans, il reste encore bien présent : la part des femmes dans les comités exécutifs reste inférieure à leur part dans le vivier des talents, mesuré par la part des femmes dans la population des ingénieurs et cadres d’une entreprise. Autre constat intéressant : si la part des femmes dans les Comex augmente, c’est moins en prenant la place d’hommes que parce que l’on a ajouté des chaises autour de la table !

Et pourtant, les arguments économiques en faveur de l’accès des femmes aux plus hautes fonctions de l’entreprise sont multiples. Par exemple, les différences de systèmes de représentation entre hommes et femmes augmentent la qualité des débats et donc des décisions au sein des Comex, notamment en matière de prise de risques. De même, la promotion de femmes dans le top management améliore la perception de l’équité interne et favorise l’engagement des collaborateurs, en modifiant leur perception des opportunités.

Sur un plan empirique, on constate d’ailleurs, au niveau du CAC 40, qu’il existe une corrélation positive entre le pourcentage de femmes au Comex et la rentabilité opérationnelle de l’entreprise, même si cet effet est moins marqué que la proportion de femmes parmi les ingénieurs et les cadres ou dans les effectifs totaux de l’entreprise.

Bref, avoir plus des femmes dirigeantes dans les entreprises est d’abord une question d’égalité des sexes. C’est aussi une question … d’efficacité économique.

 

 

Partager l’article :

LinkedIn
WhatsApp
Twitter
Email