A chacun son dimanche (L’Opinion)

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Alors que le gouvernement s’apprête à publier les décrets sur l’ouverture dominicale, il n’est pas inutile de revenir sur les principaux arguments des opposants à cette réforme.

Premier argument: la nécessaire sanctuarisation du dimanche, au nom de la vie familiale, de l’éveil à la culture ou du juste repos des travailleurs. Cet argument s’accommode toutefois mal de la réalité et de la diversité de la France d’aujourd’hui. La vie familiale ? Dans une société marquée par un fort taux de divorce, la notion de famille est devenue assez relative, en particulier durant les week-end. La culture ? Les détracteurs du consumérisme oublient que le dimanche peut être aussi l’occasion de fréquenter des magasins… culturels ou de valoriser des synergies entre commerces et lieux culturels. Quant au nécessaire repos des salariés, il n’implique pas qu’il doive avoir lieu forcément le dimanche : certaines personnes peuvent préférer, par commodité, prendre leur jour de congé durant la semaine.

Second argument : le risque de travail contraint. Un argument qui a incontestablement du poids. En période de fort chômage, difficile en effet pour un salarié de résister à la demande pressante de son employeur. Mais à nouveau, regardons la réalité en face : plus de 60% des Français se disent prêts à travailler le dimanche, à condition que des compensations importantes soient prévues, en termes de rémunération ou de repos. De plus, si un salarié venait à être victime d’un abus, notre droit du travail devrait être en mesure de traiter ce cas ; sinon, c’est à désespérer de l’efficacité d’un Code du travail comprenant pourtant plus de 4000 articles ! Il faut donc raisonner en proportionnalité : si toute liberté nouvelle peut certes entraîner des dérives, elle ne justifie pas pour autant de tomber dans l’interdiction générale, dès lors que de puissants garde-fous existent. De leur côté, les entreprises peuvent aussi choisir de mobiliser des personnes qui ne soient pas des salariés la semaine, comme des étudiants ; pour ces derniers, le travail dominical constituerait une première expérience qui n’empiète pas sur le précieux temps de leurs études.

Troisième argument : le travail dominical ne créerait pas de richesses, les achats de la semaine se reportant sur le dimanche. Cet argument est assez pertinent dans le cas des commerces alimentaires mais se révèle erroné dans d’autres secteurs d’activité. Ainsi, dans le cas du bricolage, activité de week-end par excellence, il a été montré empiriquement que l’ouverture dominicale de ce type de magasins en région parisienne entraînait une hausse globale du chiffre d’affaires de 20%. Cet effet d’induction est encore plus évident dans les zones à forte fréquentation touristique internationale : pour attirer et retenir les touristes, il faut être là au bon moment, au bon endroit, avec la bonne offre ! Ne pas ouvrir le dimanche, c’est donc prendre le risque de laisser partir ces clients ailleurs, dans d’autres pays et capitales, et avec eux, des opportunités de dépense et d’emplois. Quand on sait par exemple que le panier moyen d’un client étranger est de 900 euros à Paris et atteint même 1300 euros pour la seule clientèle chinoise, est-ce bien raisonnable ?

Quelle conclusion tirer de tout cela ? Les arguments des détracteurs du travail dominical n’ont sans doute pas la porté générale qu’ils voudraient leur donner et relèvent plus de points de vue particuliers, fort respectables par ailleurs. Dans ces conditions, que ceux qui estiment que le dimanche doit rester un jour à part vaquent à leur occupations, tout en laissant les autres profiter des nouvelles opportunités que l’ouverture dominicale peut leur offrir. A chacun son dimanche!

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