Emmanuel Combe a publié une chronique dans L’Opinion le 16 Février 2026.
L’Europe face à la déferlante chinoise : le protectionnisme généralisé ne résoudra rien
Le Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan vient de publier un rapport au titre choc : « l’industrie européenne face au rouleau compresseur chinois ». Ce rapport alerte sur l’ampleur de la déferlante chinoise qui pourrait emporter des pans entiers de nos industries. La menace est double : une progression rapide des importations chinoises en Europe mais aussi une exposition croissante des exportateurs européens à la concurrence chinoise. L’étude met en exergue plusieurs résultats intéressants. En premier lieu, au niveau des importations chinoises, la part de la production manufacturière européenne qui serait aujourd’hui exposée atteint des niveaux élevés dans des pays comme l’Allemagne (68%) ou l’Italie (59%). En second lieu, sur le front des exportations européennes, l’étude estime qu’une nouvelle déferlante chinoise touche des secteurs clés comme l’automobile ou les batteries et affecte des pays comme la France ou l’Allemagne. A titre d’exemple, dans le cas de l’industrie automobile française, 70% de nos exportations seraient exposées, sur des débouchés essentiels comme l’Allemagne ou l’Espagne. En troisième lieu, l’étude montre que la concurrence chinoise s’exerce de plus en plus sur des segments haut de gamme, à forte valeur ajoutée, qui constituent des avantages comparatifs historiques de l’Europe.
Face à une telle menace, le rapport avance une proposition pour le moins spectaculaire : mettre en place un droit de douane général d’environ 30 % vis-à-vis de la Chine, pour combler l’écart de coût. Cette solution radicale nous semble très problématique.
En premier lieu, elle revient à acter de fait la sortie de l’Union Européenne du système multilatéral de l’OMC, comme l’a fait déjà … Donald Trump. L’étude considère que l’article 19 du GATT sur les clauses de sauvegarde autoriserait l’Europe à se protéger temporairement, au motif que nous subissons une hausse imprévue et massive des importations, qui cause un préjudice grave à l’industrie européenne. Mais c’est oublier que cet instrument n’a pas vocation à s’appliquer de manière généralisée : il constitue un instrument ciblé, à l’image de ce qui a été fait sur l’acier. En réalité, instaurer des droits de douane de 30% sur une large gamme de produits industriels, qui plus est à l’encontre d’un seul pays, revient à s’asseoir sur le multilatéralisme. Pour le remplacer par quoi ?
En second lieu, un tarif généralisé de 30% ouvrirait aussitôt la voie à des représailles chinoises massives sur les points forts européens. Dans cet exercice, la Chine excelle : nul doute qu’elle saura cibler notre industrie du luxe, des cosmétiques, des vins et spiritueux, nos avions, notre industrie du matériel de transport, autant de points forts de la France à l’exportation. Quel sera le bilan final d’une telle guerre commerciale ? Nous aurons sans doute perdu deux fois : nos points forts à l’exportation seraient affectés, sans pour autant avoir combler nos points faibles.
La bonne riposte face à la Chine n’est pas de sombrer dans un protectionnisme généralisé qui ne résoudra rien. L’expérience montre qu’un protectionnisme qui se veut temporaire ou « éducateur » est rarement efficace pour combler les retards : il endort, créé des rentes et ne fait que retarder le nécessaire sursaut. Jean Jaurès le disait déjà en son temps : les barrières douanières « isolent plus qu’elles ne protègent». Ce dont a urgemment besoin l’Europe aujourd’hui, c’est du rapport Draghi.


