« Taxes douanières sur les vins et spiritueux : l’heure des choix » (L’Opinion)

Emmanuel Combe a publié une chronique dans L’Opinion le 19 mars 2025.

Taxes douanières sur les vins et spiritueux : l’heure des choix 

 

L’Europe a riposté aux droits de douane américains sur l’acier et l’aluminium, en ciblant un produit hautement symbolique et qu’elle avait déjà taxé lors de la première guerre commerciale, en 2018 : le bourbon. Bien mal lui en a pris. La réponse de Donald Trump, aussi prévisible que rapide, ne s’est pas faite attendre : des droits de douane de 200% sur les alcools et spiritueux européens. Un véritable choc sectoriel pour les Européens et la France en particulier.

En premier lieu, si elle était mise en application, une telle taxe signerait l’arrêt de mort des exportations de vins italiens, espagnols et français, de champagne, de prosecco ou de cognac vers les Etats-Unis. Les études économétriques montrent en effet que la consommation d’alcool est assez élastique au prix : en moyenne, une hausse de 10% des prix fait baisser les ventes de vin de 7,1% et de  7,8% dans le cas des spiritueux. Autant dire qu’une hausse de prix de 200% reviendrait à tarir toute importation européenne.

Plus fondamentalement, la décision de Donald Trump touche l’un des rares points forts de la balance commerciale française. Les « vins et spiritueux » représentent notre troisième excédent commercial  -après l’aéronautique, les parfums et cosmétiques- et les Etats-Unis en sont un contributeur essentiel. Dans le cas particulier du cognac, cette perte de débouchés aux Etats-Unis viendrait s’ajouter à la baisse des ventes en Chine, qui a taxé de 30% les importations de brandy européen, en représailles aux droits anti-subventions sur les voitures électriques chinoises. La double fermeture des marchés américain et chinois serait catastrophique pour toute la région de Cognac et sa filière, ces deux marchés représentant à eux seuls 40% des ventes à l’exportation.

Ajoutons à ce sombre tableau qu’il sera difficile pour les viticulteurs de contourner le mur des droits de douane, en adoptant un comportement de « tariff jumping ». On voit mal en effet comment un producteur de vins de Bourgogne pourrait, sans renoncer à son appellation, s’implanter aux Etats-Unis pour échapper aux taxes. Les terroirs et les savoir-faire locaux ne sont pas mobiles, contrairement aux usines.

 

Face à un tel tsunami sectoriel, que faire ?

En premier lieu, il faut trouver rapidement un levier de négociation puissant avec les Américains, en ciblant à notre tour un point fort des Etats-Unis : ses exportations de services, et notamment de services numériques. Rappelons en effet qu’en 2023, les échanges de services présentaient un large excédent en faveur des Etats-Unis, de 109 milliards d’euros.

En second lieu, il faut parvenir à un deal global avec la Chine sur nos différends commerciaux. Dans la guerre commerciale globale que mènent les Etats-Unis contre le reste du monde, il n’est pas certain que la Chine ait envie d’ouvrir un second front avec l’Europe.

En troisième lieu, il est plus que jamais nécessaire de diversifier nos zones d’exportation, en ratifiant l’accord avec le Mercosur et en accélérant les négociations avec d’autres pays comme l’Inde. Certes, la conquête de nouveaux marchés et la signature d’accords de libre-échange seront longues et difficiles mais nous n’avons pas vraiment d’autre choix. Face au protectionnisme massif de Donald Trump, il est urgent de construire de nouvelles alliances avec les nombreux pays qui croient encore aux vertus d’un libre-échange régulé !

 

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